En mai 2017, les autorités américaines publiaient un avis de recherche assorti d’une récompense de 10 millions de dollars visant Ahmad al-Hussein al-Jolani, chef de l’organisation Hayat Tahrir al-Sham, pour son rôle présumé dans l’organisation d’attentats terroristes contre des civils. Moins d’une décennie plus tard, ce même individu recevait la visite d’État d’Emmanuel Macron, premier président européen à se rendre en Syrie depuis le début du conflit. Retour sur une trajectoire qui interroge autant qu’elle éclaire les reconfigurations en cours au Proche-Orient.

Qui est Ahmad al-Jolani et pourquoi faisait-il l’objet d’un avis de recherche américain ?

Ahmad al-Hussein al-Jolani, de son vrai nom Ahmad al-Shara, est le chef de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), une organisation inscrite sur la liste des entités terroristes par les États-Unis et plusieurs pays occidentaux. L’avis de recherche publié en mai 2017 par les autorités américaines mettait en cause son rôle déterminant dans la production et l’organisation d’attentats terroristes contre des cibles civiles. Cette organisation, anciennement connue sous le nom de Front al-Nosra, constituait la branche syrienne d’Al-Qaïda, comme l’ont documenté les services de renseignement occidentaux. La trajectoire d’al-Jolani est d’autant plus saisissante qu’elle s’inscrit dans un conflit où la France a elle-même été durement frappée par le terrorisme, avec les attentats du Bataclan et de Charlie Hebdo.

Une reconnaissance diplomatique en rupture avec les positions antérieures

L’invité interrogé relève le contraste saisissant entre la qualification terroriste initiale et le traitement diplomatique actuel. Comme il le souligne dans l’entretien, ce renversement n’a rien d’anecdotique :

« On se souvient des déclarations de Laurent Fabius. Nous expliquons que le Front al-Nosra, alias Al-Qaïda, faisait du bon boulot. »

Cette référence aux propos de l’ancien ministre des Affaires étrangères français, qui avait évoqué en 2012 le travail « sur le terrain » de groupes dont al-Nosra faisait partie, inscrit la visite présidentielle dans une continuité plutôt que dans une rupture. L’invité rappelle d’ailleurs qu’al-Jolani lui-même a déclaré que « la France nous a aidés », assumant publiquement ce compagnonnage.

Ce que cette évolution révèle des reconfigurations géopolitiques

Pour l’invité, cette séquence illustre un fonctionnement plus large des relations internationales contemporaines. Il décrit un système où les dirigeants occidentaux « ne se soucient plus de ce que les gens pensent ou en tout cas ne se soucient plus de la mémoire collective », considérant que « globalement tout est reprogrammé à échéance de quelques semaines, de quelques mois ».

Cette analyse pointe un phénomène de réversibilité des alliances qui dépasse le seul cas syrien. L’invité établit un parallèle avec d’autres situations où des individus impliqués dans des crimes de guerre ou des exactions « ont accès au territoire français sans aucun problème pendant que les chats russes sont interdits de concours ou que les pianistes russes sont interdits de jouer ». Il y voit l’indice d’un « cynisme total » dans la conduite des affaires internationales.

La question médiatique est également centrale dans cette démonstration. L’invité interroge : « Qui prendra le risque dans le dispositif médiatique aujourd’hui de le faire ? » en référence au rappel du passé d’al-Jolani. Il décrit un paysage informationnel où prévaut un « embargo total sur un certain nombre d’analyses, d’informations, de profils », empêchant selon lui les citoyens de disposer des éléments nécessaires à la compréhension des choix diplomatiques de leurs gouvernants.

Ce qu’il faut retenir

La transformation d’Ahmad al-Jolani, de cible d’un avis de recherche américain à 10 millions de dollars à interlocuteur reçu avec les honneurs par un président de la République française, illustre les reconfigurations profondes qui traversent la géopolitique proche-orientale. Au-delà du cas individuel, cette trajectoire pose la question de la cohérence des politiques étrangères occidentales et de la place qu’y occupe la mémoire des tragédies passées.


Le Souv, pour une France qui s’appartient.

[](https://www.youtube.com/watch?v=Wec_9EBFHbc)

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