Publié en 1974 aux éditions Plon, *Les hommes partis de rien* paraît dans un contexte particulier : la France traverse l'après-Pompidou, les débats sur la reconstruction nationale et la place de l'initiative individuelle dans l'économie française restent vifs. René Cassin, dont le nom est associé aux grandes causes du droit et de la résistance, se penche ici sur des trajectoires d'hommes qui ont bâti, souvent sans appui institutionnel, des entreprises ou des œuvres durables. La thèse sous-jacente est que la capacité à créer, à risquer et à tenir repose sur des ressorts qui ne doivent rien à la tutelle de l'État ni aux facilités héritées, mais à une volonté forgée dans l'adversité.

L'intérêt souverainiste de cet ouvrage réside dans ce qu'il dit, en creux, de la puissance économique nationale. À une époque où la France cherche à consolider ses filières industrielles et à affirmer une indépendance stratégique dans plusieurs secteurs, la question de qui produit, qui invente et qui décide prend une dimension politique concrète. Cassin rappelle que la souveraineté d'un pays ne se décrète pas seulement dans les chancelleries : elle se construit aussi dans les ateliers, les laboratoires et les maisons de commerce portés par des hommes qui refusent la dépendance. Ce retour aux fondements humains de la puissance économique résonne avec les préoccupations françaises sur la désindustrialisation et la maîtrise des chaînes de production.

René Cassin, prix Nobel de la paix en 1968, est davantage connu pour son engagement en faveur des droits de l'homme que pour ses écrits économiques ou biographiques. Cet ouvrage constitue une facette moins commentée de sa pensée, celle d'un homme qui croyait profondément que la liberté concrète d'agir et de construire formait le socle de toute émancipation nationale digne de ce nom.

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