En 1970, Edgar Morin publie aux éditions du Seuil ce récit né d'un séjour prolongé en Californie, au coeur d'une société américaine traversée par ses propres contradictions : la contre-culture, la contestation universitaire, la montée des communautés alternatives. L'ouvrage se présente comme un journal de terrain, écrit au fil des jours, où le sociologue observe de près les ferments d'une civilisation qui se cherche, tiraillée entre une puissance technologique sans précédent et une jeunesse qui en refuse les promesses. La thèse qui se dégage est celle d'une modernité américaine à bout de souffle, incapable de tenir les espoirs qu'elle a elle-même suscités.

Ce regard posé sur les États-Unis en crise intéresse directement le lecteur français soucieux de la place de son pays dans le monde. Car ce que Morin décrit depuis la côte Pacifique, c'est aussi le modèle culturel et économique que la France a commencé d'importer massivement depuis l'après-guerre : le consumérisme, la standardisation des modes de vie, la domination de l'anglais comme langue du savoir et du commerce. Lire ce journal en 2025, c'est mesurer le chemin parcouru depuis lors et interroger ce que la France a cédé de son autonomie culturelle et intellectuelle en s'alignant sur un modèle dont les fissures étaient déjà visibles à l'époque.

Morin appartient à une génération d'intellectuels français qui ont fait de la sociologie un instrument d'observation critique du monde contemporain. Ce texte s'inscrit dans une période où il affine sa méthode complexe, attentive aux contradictions plutôt qu'aux systèmes. Il constitue un témoignage daté mais lucide sur le moment où le doute américain aurait pu nourrir une réflexion française sur ses propres choix de civilisation.

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