Paru en 2019 aux éditions du Seuil, L'Archipel français de Jérôme Fourquet propose une lecture de la société française fondée sur un constat de fragmentation. L'auteur, directeur du département Opinion à l'Ifop, s'appuie sur une accumulation de données sondagières et sociologiques pour montrer que la France ne forme plus un corps social homogène, mais un ensemble de communautés, de territoires et de groupes culturels qui coexistent sans partager de références communes. La thèse est celle d'un effritement du socle majoritaire qui a longtemps structuré la vie nationale, remplacé par une mosaïque d'appartenances partielles et souvent imperméables les unes aux autres.
C'est précisément ce diagnostic qui intéresse le lecteur souverainiste. La cohésion nationale n'est pas seulement une valeur abstraite : elle est la condition pratique de toute politique indépendante. Un pays qui ne partage plus de récit commun, de normes culturelles largement acceptées ni de sentiment d'appartenance à un même destin collectif, perd la capacité de se mobiliser autour de choix souverains, qu'il s'agisse de réindustrialisation, de politique étrangère autonome ou de défense d'une monnaie et d'une économie nationales. Fourquet ne formule pas de programme politique, mais ses données donnent à voir les fractures qui rendent difficile toute décision démocratique engageant l'ensemble du pays. C'est un état des lieux, et à ce titre il nourrit la réflexion sur ce que suppose, concrètement, la reconstitution d'un espace politique français cohérent.
Fourquet s'inscrit dans un courant de sociologie électorale et territoriale qui a pris de l'importance en France au fil des années 2010, à mesure que les reconfigurations politiques rendaient les grilles d'analyse traditionnelles insuffisantes. L'Archipel français a alimenté des débats qui dépassent largement les cercles académiques, rejoignant des questions posées par des géographes, des historiens et des essayistes attachés à comprendre ce que la France est encore en mesure de vouloir pour elle-même.
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