Publié en 2001 aux Presses universitaires de France, cet essai d'Éric Desmons s'attaque à une question que les démocraties libérales contemporaines ont tendance à esquiver : peut-on encore demander à un citoyen de mourir pour son pays, et sur quel fondement philosophique et politique un tel sacrifice repose-t-il ? L'auteur interroge la légitimité du lien entre l'individu et la communauté nationale à une époque où ce lien se défait sous les coups conjugués de l'individualisme, du droit international et de la dilution progressive des souverainetés. Le moment de publication n'est pas anodin : on est alors en plein débat sur la professionnalisation de l'armée française, la suspension du service national étant intervenue quelques années plus tôt, et la question de ce que signifie défendre la France n'a jamais été aussi ouverte.
C'est précisément là que l'angle souverainiste trouve toute sa pertinence. Si mourir pour la patrie suppose une patrie qui en vaille la peine, c'est-à-dire une communauté politique dotée d'une volonté propre, capable de décider de la paix et de la guerre, de conduire ses alliances sans en être l'otage, alors l'affaiblissement de la souveraineté nationale n'est pas une question abstraite : il vide de sens l'idée même de défense nationale. Desmons invite à penser ensemble la légitimité du sacrifice et la réalité du pouvoir politique, rappelant que l'une ne tient pas sans l'autre. Pour qui s'intéresse à la défense française, à l'autonomie stratégique ou simplement à la consistance de l'État, cette réflexion conserve une actualité que les années n'ont pas émoussée.
Éric Desmons est maître de conférences en droit public et en philosophie politique, rattaché aux institutions universitaires françaises. Son travail s'inscrit dans une tradition de pensée républicaine attentive aux fondements de l'autorité et de la communauté politique, loin des facilités du cosmopolitisme ambiant comme des crispations identitaires réductrices.
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