Publie en 2002, peu apres les attentats du 11 septembre, Statecraft rassemble les reflexions de Margaret Thatcher sur l'art de gouverner a l'echelle internationale. L'ancienne Premier ministre britannique y expose sa vision des relations entre Etats, de la puissance americaine, des menaces globales et du role que doivent jouer les nations dans un monde ou les organisations supranationales tendent a diluer les responsabilites politiques. Thatcher y defends avec coherence le primat de l'Etat-nation comme seul cadre legitime de la decision democratique et de l'action strategique.

Ce qui rend cet ouvrage pertinent pour un lecteur francais attentif aux questions de souverainete, c'est la rigueur avec laquelle Thatcher articule les liens entre independance monetaire, liberte de manoeuvre diplomatique et capacite de defense autonome. Elle refuse l'idee que l'integration dans des structures collectives constitue une garantie de puissance : pour elle, c'est au contraire une source de dilution et d'irresponsabilite. Ces arguments entrent en resonance directe avec les debats francais sur la desindustrialisation, la dependance aux chaines d'approvisionnement etrangeres ou la capacite de la France a decider seule en matiere de politique etrangere.

Thatcher ecrit depuis une tradition atlantiste et liberale qui n'est pas celle de la France gaulliste, et le lecteur doit en tenir compte. Mais precisement parce qu'elle part d'un autre socle ideologique, sa defense de la souverainete nationale n'en est que plus instructive : elle montre que cette exigence transcende les clivages habituels et s'impose a quiconque pense serieusement le gouvernement d'une nation.

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