Publié en 1989 aux éditions du Seuil, "Vidal et les siens" est un texte d'Edgar Morin dans lequel l'auteur retrace l'histoire de sa propre famille, remontant aux origines séfarades de son père Vidal Nahoum, juif saloniquien émigré en France au début du XXe siècle. L'ouvrage se situe à la croisée de la mémoire familiale et de la réflexion sur l'appartenance, l'enracinement et la transmission. Il paraît à un moment où la France interroge ses propres fondations identitaires, alors que s'approche le bicentenaire de la Révolution et que les débats sur l'intégration, la nationalité et le récit national commencent à se durcir.

Ce récit intéresse le lecteur souverainiste en ce qu'il pose, à travers une trajectoire singulière, la question de ce que signifie devenir français : non par l'effacement de soi, mais par un choix assumé d'appartenance à une communauté nationale dotée d'une histoire, d'une langue et d'institutions propres. La France y apparaît comme un espace d'accueil qui suppose une adhésion volontaire et consciente, distincte de toute appartenance communautaire concurrente. C'est la nation comme cadre d'émancipation individuelle qui se dessine en filigrane, ce qui demeure une question politique centrale à l'heure où le modèle républicain d'intégration est régulièrement mis en cause.

Edgar Morin, fondateur du courant de la pensée complexe, a consacré une large part de son oeuvre à articuler le particulier et l'universel. Ce livre, moins théorique que d'autres de ses travaux, illustre cette démarche par le bas, à hauteur d'homme, ce qui en fait un document utile pour qui réfléchit aux conditions concrètes du sentiment national et à la manière dont une société forge, ou défait, le lien entre ses membres.

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