Jusqu’à 1000 ans. C’est la durée que peuvent atteindre certains contrats d’accaparement de terres agricoles à l’étranger, ce phénomène que les anglophones appellent le land grabbing. Généralement, ces acquisitions courent sur 30 à 99 ans, mais des cas de cessions millénaires existent bel et bien, comme l’ont rappelé Jacques Sapir et David Teuscher dans un entretien diffusé par le Cercle Aristote le 31 mai 2026.

Le contraste le plus saisissant tient dans le volume des documents. David Teuscher rapporte l’expérience d’une spécialiste ayant arbitré ce type de transactions : un contrat d’exploitation d’un gisement de pétrole représente entre 400 et 1000 pages, mobilisant assurances, transports et ingénieurs. À l’inverse, il a personnellement observé un contrat d’achat de terres agricoles à Madagascar, portant sur plusieurs hectares et une durée de 100 ans, qui tenait en deux pages seulement. La déconnexion est frappante et révèle l’opacité de cette ruée foncière.

Selon Jacques Sapir, ces logiques n’obéissent pas toujours à des besoins alimentaires : des compagnies chinoises achètent ainsi des terres en Éthiopie pour y cultiver des tulipes exportées par avion vers les Pays-Bas. Depuis 2006, près de 30 millions d’hectares, l’équivalent de la surface agricole utile française, ont changé de mains dans le monde. Une néocolonisation foncière qui reste largement méconnue.


*D’après un entretien de Jacques Sapir sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*

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