La notion de "patriotisme constitutionnel" court les colloques et les tribunes européennes depuis trente-cinq ans. On la croit signée Jürgen Habermas. Erreur d’attribution : la paternité réelle revient à Dolf Sternberger, politologue allemand disparu en 1989, dont le nom demeure quasi inconnu en France.
Invité du Cercle Aristote le 9 juillet 2026, l’invité a rappelé cette généalogie oubliée. En 1986, dans son ouvrage Grund der Mar, Sternberger forge l’expression dans un contexte exclusivement interne à la République fédérale allemande. La question qui l’occupe est précise : quel patriotisme peut convenir à un État qui ne correspond ni à une nation ni à un peuple unifié ? L’Allemagne divisée interdit tout patriotisme national classique. La seule voie praticable, selon lui, réside dans l’attachement aux droits garantis par la Loi fondamentale de Bonn — être "ami de la Constitution", défendre la RFA contre ses ennemis.
Habermas s’empare de l’idée en 1989, l’universalise, la détache de son ancrage allemand pour en faire un modèle applicable à tous les États européens, puis le socle d’un patriotisme transnational. Le geste est caractéristique, note l’invité : saisir un concept né dans un problème allemand pour l’ériger en norme universelle. Généalogie capitale lorsqu’on mesure aujourd’hui le poids politique de ces deux mots.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
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