Sans les engrais azotés, la planète ne pourrait nourrir que 2,5 milliards d’êtres humains. Avec eux, elle en fait vivre près de 9 milliards. C’est le chiffre que met en avant l’économiste Jacques Sapir pour illustrer une dépendance vertigineuse : la sécurité alimentaire de l’humanité repose aujourd’hui sur une seule chaîne de production issue du pétrole.

Ces engrais sont fabriqués à partir de l’ammoniaque, elle-même dérivée du pétrole lourd et fortement soufré, celui qui alimente la pétrochimie mondiale. Or, souligne Jacques Sapir, ce sont précisément ces pétroles lourds qui se retrouvent aujourd’hui sous tension. Toute perturbation de leur approvisionnement se répercute directement sur la production d’engrais, donc sur les rendements agricoles.

L’économiste cite déjà des effets concrets : le prix de la tonne d’urée a doublé sur la bourse de la Nouvelle-Orléans, passant d’environ 360 à plus de 720 dollars. En Inde, où la pétrochimie est massive, la pénurie menace directement l’alimentation de 1,5 milliard de personnes. Aux États-Unis, les grandes exploitations du Middle West réduisent leurs achats d’engrais, avec des baisses de rendement attendues sur le maïs.

Derrière la crise énergétique se dessine ainsi un enjeu de souveraineté alimentaire brutal : quand une seule ressource fait défaut, ce sont des milliards de rations qui vacillent.


*D’après un entretien de Jacques Sapir sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*

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