En 1943, 1944 et 1945, trois conférences redessinent l’ordre mondial. Téhéran, Yalta, Potsdam : Roosevelt, Churchill et Staline s’y réunissent pour décider du sort de la planète. La France, elle, n’est pas invitée à la table des vainqueurs. Comme le rappelait l’invité lors d’une conférence de 2015, cette exclusion systématique a profondément marqué le général de Gaulle, qui n’a jamais oublié que Roosevelt avait reconnu Pétain et refusé de soutenir la France libre.

Cette mise à l’écart répétée nourrit une conviction centrale chez de Gaulle : la France ne peut compter que sur elle-même. Dès son retour au pouvoir en 1958, il comprend que la construction européenne naissante risque de placer le continent sous tutelle américaine. Dans sa conférence de presse du 15 mai 1962, il décrit avec une lucidité glaçante le mécanisme : une Europe intégrée sans politique propre finirait immanquablement « à la suite de quelqu’un du dehors », un fédérateur « qui ne serait pas européen ». Tout le monde saisit qu’il désigne Washington.

Cette analyse, forgée dans l’épreuve des humiliations diplomatiques de la guerre, fonde sa doctrine d’indépendance stratégique. La France se dote de l’arme nucléaire, quitte le commandement intégré de l’OTAN et tente d’arracher l’Allemagne à l’influence américaine par le traité de l’Élysée en 1963. Un pari audacieux que le Bundestag videra de sa substance quelques mois plus tard, en votant un préambule qui réaffirme l’ancrage atlantique de Bonn. La méfiance gaulliste, née dans l’humiliation des conférences où la France brillait par son absence, reste une clé de lecture essentielle pour comprendre les tensions qui traversent aujourd’hui encore les relations transatlantiques.

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Union Populaire Républicaine

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