L’attaque du 7 octobre a sidéré le monde par sa violence. Mais derrière l’horreur des faits se cache une logique plus froide et plus méthodique qu’il n’y paraît. Pour Alexandre Del Valle, auteur de « Nouvel ordre post-occidental », cet événement relève moins d’une opération militaire classique que d’une stratégie de propagande parfaitement rodée. Le véritable objectif n’était pas de vaincre Israël sur le terrain, mais de le diaboliser sur la scène internationale.
Pourquoi l’attaque du 7 octobre visait-elle la communication avant le combat militaire ?
L’objectif premier du Hamas n’était ni territorial ni tactique, mais médiatique. L’attaque a été pensée pour provoquer une riposte israélienne massive et aveugle, qui transformerait les populations civiles de Gaza en victimes aux yeux du monde. Ce mécanisme cynique de l’attentat comme déclencheur de représailles disproportionnées visait à relancer la cause palestinienne dans le débat public occidental, en saturant l’espace médiatique d’images insoutenables. Le Hamas a ainsi gagné la bataille de l’image tout en acceptant par avance les pertes humaines et matérielles colossales qui en découleraient.
L’attentat, un outil de propagande à déchiffrer
Del Valle rappelle une réalité souvent négligée dans l’analyse des actions terroristes : l’émotion n’est qu’un carburant pour les exécutants, pas la motivation des organisateurs. « Le but stratégique de ceux qui organisent des attentats, qui les planifient, c’est pas la haine, c’est de la communication », explique-t-il. L’attentat sert à faire parler d’une cause, à mobiliser les sympathisants hésitants et à placer un message au cœur du débat mondial.
Un attentat terroriste, il est là pour faire parler de but. Le message diffusé par un terroriste est décuplé par le fait que l’on va parler de l’attentat.
Cette logique implacable permet de comprendre pourquoi le Hamas s’est mêlé à un conflit où il n’avait aucune chance militaire. L’organisation savait que les bombes israéliennes s’abattraient sur Gaza. Mais c’est précisément ce carnage qu’elle recherchait pour saturer les opinions publiques occidentales et faire pression sur les gouvernements.
Une victoire médiatique, un isolement diplomatique
Sur le front de l’image, le Hamas a indéniablement marqué des points. La cause palestinienne est revenue au centre des préoccupations internationales. Des responsables politiques comme Emmanuel Macron ou Pedro Sánchez ont évoqué la reconnaissance d’un État palestinien. Aux États-Unis même, une frange croissante du mouvement MAGA exprime désormais des positions critique à l’égard d’Israël, une nouveauté dans le paysage politique américain.
Pourtant, sur le plan diplomatique et militaire, le bilan est tout autre. Les pays arabes, loin de se solidariser avec le mouvement islamiste, ont collectivement délégitimé le Hamas. Dans une résolution adoptée cet été aux Nations unies, vingt-deux membres de la Ligue arabe ont acté que l’organisation ne devait plus faire partie d’aucune solution politique pour l’après-guerre. L’Arabie saoudite, qui avait suspendu son adhésion aux accords d’Abraham après le 7 octobre, travaille aujourd’hui à créer les conditions de son intégration.
Le cynisme d’une stratégie assumée
Del Valle insiste sur le caractère délibéré de cette logique. Le Hamas n’ignorait rien des représailles qu’il allait déclencher. Il les a voulues, anticipées, intégrées à son plan. L’organisation a fait le pari que la dévastation de Gaza servirait mieux ses intérêts qu’une opération militaire limitée. Les dirigeants ont sacrifié leur propre population civile à un objectif médiatique et politique.
Cette stratégie trouve un écho particulier dans les opinions publiques occidentales, souvent plus sensibles aux images de destruction qu’à l’analyse des causes. Mais dans le monde arabe, précise Del Valle, « personne n’est dupe ». Les régimes de la région connaissent la nature du Hamas et ses calculs. Leur priorité reste la rivalité avec l’Iran, menace existentielle bien plus concrète que la solidarité avec une organisation dont ils se méfient.
Ce qu’il faut retenir
Le 7 octobre illustre la mutation des conflits contemporains, où la bataille des perceptions prime parfois sur les gains territoriaux. Comprendre cette mécanique cynique de l’attentat comme outil de propagande est indispensable pour décrypter les guerres hybrides d’aujourd’hui, où la victoire ne se mesure plus seulement en positions conquises mais en récits imposés.
Entretien avec Alexandre Del Valle
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