Le débat public français se focalise sur les ingérences russes, mais la réalité est plus large. Invité de Front Populaire le 15 juillet 2026, l’historien et spécialiste de stratégie militaire Benoist Bihan rappelle que « des ingérences, il y en a de toute autre sorte ». Les États-Unis, par exemple, « déploient leur influence en France depuis 1945 ». D’autres États jouent sur leurs diasporas : l’Algérie « en fait pas mystère » et mène « une politique très agressive », tandis que la Chine a été épinglée pour ses « commissariats politiques dans le 13e arrondissement à Paris ».

Pour Bihan, l’alarmisme ambiant sur la menace russe agit surtout comme « une caisse de résonance pour les propres angoisses d’une société qui se porte pas très bien ». Il pointe « une crise de légitimité politique intérieure qui amplifie la peur que des ingérences puissent avoir un impact ». La vulnérabilité française tiendrait moins à l’efficacité des opérations adverses qu’à « l’hétérogénéité culturelle » et aux divisions internes. « On a tort de reprocher à nos adversaires nos propres faiblesses », assène-t-il, plaidant pour un travail de cohésion nationale plutôt que pour une posture défensive qui risquerait de basculer « dans une logique un petit peu répressive ».

Le Souv, pour une France qui s’appartient.

Mélenchon, cible privilégiée quand il parle du monde

Le cas de La France insoumise illustre un mécanisme que Pierre-Yves Rougeyron décrit avec précision : les attaques ne portent pas sur la politique sociale ou fiscale du mouvement, mais presque exclusivement sur ses positions internationales. Refus de soutenir sans réserve l’effort de guerre en Ukraine, rejet du changement de régime au Venezuela, lecture dissidente du conflit israélo-palestinien : c’est sur ce terrain-là, et sur celui-là seulement, que la pression se concentre.

« Regarde bien, 90 % des attaques qui le visent visent ce dossier-là. Et ce dossier-là uniquement, c’est-à-dire à cause de la vision que vous avez de la France à l’étranger. »

Pierre-Yves Rougeyron (The Black Elephant Experience)

Ce constat n’est pas une défense de Mélenchon. Rougeyron souligne d’ailleurs que certains cadres intermédiaires du mouvement pourraient, après lui, rejoindre la gauche institutionnelle en échange de concessions symboliques sur d’autres fronts. Mais il pointe quelque chose de structurel : dès qu’une formation politique française revendique une voix autonome sur la scène internationale, c’est-à-dire une lecture des crises qui ne s’aligne pas sur le consensus atlantiste, elle devient prioritairement inconfortable pour le champ médiatique dominant. La politique étrangère fonctionne ainsi comme un révélateur : elle est le terrain où le prix de l’indépendance de jugement se paie le plus vite et le plus cher, quelle que soit la formation concernée.

Vidéo « Benoist Bihan sur l'économie de guerre » de Front Populaire

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