La loi de 1973 sur la Banque de France alimente régulièrement les débats sur la souveraineté monétaire française. Certains y voient la clé de tous nos maux, d’autres un simple ajustement technique. Invité de Front Populaire le 3 juin 2026, Florian Philippot, président des Patriotes, replace cette question dans une perspective plus large : celle de l’intégration dans le droit supranational européen. Que dit précisément cette loi ? Qu’est-ce qui relève du fait historique et qu’est-ce qui relève de l’interprétation ?
Qu’est-ce que la loi de 1973 et interdit-elle vraiment à la France d’emprunter à sa banque centrale ?
- La loi du 3 janvier 1973 a mis fin à la faculté pour l’État français d’emprunter directement et sans condition auprès de la Banque de France
- Elle impose de passer par les marchés financiers pour financer la dette publique
- Ce mécanisme a été sanctuarisé ensuite par le traité de Maastricht (1992) puis par la création de l’euro, qui l’ont inscrit dans le droit supranational
- Aujourd’hui, la France emprunte à des taux de marché (environ 4 %), là où un circuit de Banque centrale permettrait des taux très réduits
- Selon Florian Philippot, ce n’est plus la loi de 1973 elle-même qui bloque, mais sa reprise et son durcissement dans les traités européens : « elle n’existe plus, elle a été mise dans les traités européens dans le droit supranational »
Une loi nationale, un verrou désormais européen
La loi de 1973, souvent résumée par la formule de la « loi Pompidou-Giscard-Rothschild », traduisait une doctrine économique partagée à l’époque par une large partie des responsables politiques français : éviter le financement monétaire du déficit, jugé inflationniste. Mais ce qui en fait aujourd’hui un verrou quasi indépassable, c’est sa reprise dans l’architecture institutionnelle européenne. Florian Philippot résume le mécanisme ainsi :
« La réalité c’est que si je retrouve ma souveraineté monétaire et bancaire, alors je pourrais à nouveau compter sur ma Banque de France pour régler ce problème de la dette. Et donc si je règle une bonne partie du problème de la dette, je serai beaucoup moins dépendant de cet esclavage pour dette. »
Florian Philippot (Front Populaire)
L’européanisation de cette règle signifie qu’aucun gouvernement, même décidé à la supprimer, ne pourrait le faire sans sortir des traités. La marge de manœuvre nationale est nulle sur le plan juridique. Le diagnostic de Florian Philippot est donc le suivant : le problème n’est plus franco-français, il est institutionnel et européen.
Que permettrait concrètement une souveraineté monétaire retrouvée ?
Au-delà de la dimension technique, Florian Philippot esquisse ce que la sortie de l’euro et de ce cadre juridique rendrait possible. Le raisonnement s’articule en trois temps :
- Reprendre le contrôle du circuit monétaire : une banque centrale nationale peut financer l’État à taux zéro ou très bas, ce qui desserre l’étau des marchés financiers et allège le coût de la dette.
- Recréer des richesses dans le pays : « le vrai remède contre la dette, c’est d’abord de recréer des richesses dans son pays », rappelle-t-il, ce qui suppose une politique industrielle et économique libérée des contraintes de la concurrence intra-européenne.
- Affranchir la politique nationale des puissances d’argent : ne plus dépendre des fonds de pension américains ou chinois ni des grandes banques pour financer l’État, c’est reconquérir une autonomie de décision sur les priorités budgétaires, sociales et stratégiques.
Ce programme ne se limite donc pas à un débat d’historiens sur la loi de 1973. Il en fait l’étape symbolique d’une reprise en main plus vaste de la souveraineté nationale.
Le précédent britannique : un Brexit pas abouti mais instructif
Florian Philippot cite le cas du Royaume-Uni post-Brexit pour nuancer l’idée que la sortie de l’UE réglerait tout par enchantement. Les gouvernements britanniques successifs, restés selon lui « mondialistes », n’ont pas pleinement exploité les marges de manœuvre retrouvées. Pour autant, des résultats sont visibles : l’immigration a baissé grâce à des lois plus restrictives, impossibles dans le cadre européen, et l’industrie britannique dépasse désormais l’industrie française, ce qui n’était pas arrivé depuis cinquante ans.
Cet exemple lui permet de préciser que la souveraineté retrouvée n’est pas une baguette magique : « si vous avez un gouvernement patriote, vous pouvez vous libérer des autres féodalités », mais « nous serons toujours en féodalité par rapport aux puissances d’argent au départ ». La reprise en main est un processus, pas un événement unique.
Ce qu’il faut retenir
La loi de 1973 est aujourd’hui bien plus qu’une loi française : c’est un pilier de l’ordre monétaire européen. Selon Florian Philippot, la question n’est donc pas de savoir si l’on peut l’abroger seule, mais si la France est prête à retrouver l’ensemble de sa souveraineté monétaire et bancaire. Le débat dépasse largement la technicité de la loi : il pose la question du cadre institutionnel dans lequel un État peut véritablement choisir sa politique économique et sociale.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
*D’après un entretien de Florian Philippot sur Front Populaire
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