Une seule catastrophe naturelle suffirait à priver d’eau la deuxième ville des États-Unis. Los Angeles est alimentée par un unique aqueduc, une fragilité majeure soulignée par l’historien géographe David Teuscher lors d’un échange avec l’économiste Jacques Sapir. Si cette infrastructure venait à être détruite, la sécurité de millions d’habitants serait immédiatement menacée.
Cette dépendance illustre un paradoxe américain plus large. Le sud-ouest des États-Unis, où se concentrent des villes attractives bâties en plein désert comme Phoenix ou Las Vegas, souffre d’un manque chronique d’eau. Pour le combler, le pays importe massivement de l’eau douce du Canada, acheminée par d’immenses pipelines vers la Californie, l’Arizona et le Nouveau-Mexique.
Jacques Sapir insiste sur l’absurdité de ce modèle : les véritables ressources en eau des États-Unis se trouvent à l’est, notamment autour des Grands Lacs. C’est là qu’auraient dû être développées les cultures gourmandes en eau, plutôt qu’en Californie, région en situation de stress hydrique permanent depuis une trentaine d’années. Le fleuve Colorado, surexploité, est aujourd’hui quasiment asséché avant même d’atteindre la mer, alimentant un litige frontalier persistant avec le Mexique.
Un rappel saisissant : même les plus grandes métropoles reposent parfois sur des infrastructures uniques, sans véritable solution de secours. Une leçon de résilience territoriale à méditer.
*D’après un entretien de Jacques Sapir sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
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