« Ceux qui viennent à la porte du ministère avec une sébille dans la main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir. » La formule, signée Maurice Druon, ministre des Affaires culturelles sous Pompidou, résume avec une acuité intacte le paradoxe qui gangrène une partie du cinéma français contemporain.
L’invité rappelle que Vincent Bolloré, via Canal+, demeure le premier financeur du septième art hexagonal avec 170 millions d’euros annuels, malgré la concurrence des plateformes. Problème : une frange du milieu cinématographique n’a cessé de conspuer ce bienfaiteur tout en tendant la main. « Vous prenez leur argent et vous leur crachez à la gueule », résume l’invité, qui voit dans l’attitude du patron de Vivendi une application directe du principe druonien : dire stop à cette schizophrénie subventionnée.
La question dépasse le cas Bolloré. Elle interroge la légitimité d’un système où l’argent, qu’il soit privé ou public, finance des œuvres dont les auteurs affichent un mépris constant pour ceux qui les font vivre. L’invité cite en exemple le refus de certains de se positionner clairement sur des sujets politiques tout en bénéficiant des largesses d’un mécène devenu épouvantail médiatique. « On ne peut pas à la fois cracher dans la soupe et réclamer une deuxième part », aurait pu ajouter l’écrivain gaulliste. Une leçon oubliée qu’il est urgent de réapprendre.
Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron
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