« Mieux vaut Hitler que Blum » : cette formule, devenue célèbre, résume à elle seule l’état d’esprit d’une fraction décisive des élites françaises en 1940. C’est ce que met en lumière le journaliste André Géraud, alias Pertinax, dans Les Fossoyeurs, ouvrage rédigé depuis les États-Unis en 1943 et récemment réédité, dont Éric Branca a présenté la teneur au Cercle Aristote.

Selon Pertinax, militaires et financiers français n’ont pas seulement subi la défaite : ils l’ont préférée. Le général Weygand, nommé chef d’état-major le 19 mai 1940, ne pense qu’à imposer l’armistice. Sa hantise n’est pas l’Allemagne, mais la révolution. Toute une partie de l’élite est persuadée que poursuivre la guerre déclencherait une insurrection communiste dans les usines. Mieux vaut donc négocier avec Berlin, en conservant une armée capable de maintenir l’ordre intérieur.

Pertinax documente cette convergence d’intérêts : Weygand est administrateur de la Compagnie de Suez, logé avenue de Friedland par la même société ; les usines Skoda ont été cédées au consortium Göring avant Munich ; les industriels de l’armement préfèrent contester les nationalisations devant le Conseil d’État plutôt que produire les avions commandés.

Une grille de lecture précieuse pour comprendre que la défaite de 1940 ne fut pas qu’un effondrement militaire : elle fut aussi un choix de classe.


*D’après un entretien de Eric Branca sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*

Cet article vous a-t-il été utile ?

Qu’est-ce qui n’allait pas ? (facultatif)

Signaler une erreur

Merci, c’est noté.