La présidentielle 2027 approche et le camp souverainiste se présente une nouvelle fois en ordre dispersé. Florian Philippot, président des Patriotes, vient d’annoncer sa candidature. Il est le quatrième à se déclarer, après François Asselineau, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Frédéric Poisson. Une fragmentation que Philippot dit vouloir résoudre par une primaire ouverte. Problème : sa proposition, formulée dès juin 2025, a déjà essuyé plusieurs refus.

Pourquoi la primaire souverainiste n’a-t-elle pas abouti ?

La proposition de Florian Philippot repose sur un mécanisme simple : un vote organisé à l’automne 2026, ouvert aux sympathisants souverainistes, avec engagement préalable de tous les participants à soutenir le vainqueur. Le critère posé est l’adhésion au Frexit, présenté comme le marqueur minimal du souverainisme. Les modalités pratiques restent à définir collectivement, Philippot reconnaissant ne pas pouvoir les fixer seul. Trois obstacles majeurs ont empêché sa concrétisation : le refus explicite de certains responsables contactés ; l’absence de réponse positive malgré des mois de discussions ; et la persistance de candidatures individuelles malgré les tentatives de rapprochement antérieures.

Un historique de rapprochements qui n’a pas suffi

L’idée d’une primaire ne surgit pas du néant. Florian Philippot rappelle plusieurs tentatives de rassemblement ces dernières années. En 2022, Les Patriotes avaient soutenu la candidature de Nicolas Dupont-Aignan après l’intégration du référendum Frexit dans son programme, puis s’étaient alliés aux législatives. En 2023, une liste commune pour les européennes de 2024 avait été négociée avec Dupont-Aignan, Jean-Frédéric Poisson et le Cercle Aristote. L’accord était finalisé : Dupont-Aignan en tête, Philippot troisième, Poisson cinquième.

« Le document était prêt. Et finalement, deux jours avant la conférence de presse, Nicolas Dupont-Aignan nous a dit non. »

Florian Philippot (Front Populaire)

Un rassemblement réduit avait malgré tout vu le jour, mais l’épisode illustre la difficulté récurrente à concrétiser les alliances. Philippot attribue ces échecs à une tendance qu’il juge dommageable : la focalisation sur les divergences internes plutôt que sur l’adversaire commun.

« Si on raisonne comme ça, on est mort. La France est quand même dans un état lamentable et son pronostic vital, il est engagé. »

Florian Philippot (Front Populaire)

Le poids du Frexit dans les divisions internes

La question européenne constitue la ligne de fracture principale. Philippot décrit, depuis son expérience interne au Rassemblement national en 2017, comment l’abandon du Frexit s’est opéré : des cadres qui avouaient ne pas maîtriser le sujet, d’autres qui constataient un traitement médiatique plus favorable en cessant d’en parler, d’autres encore séduits par le confort d’un mandat européen.

Le résultat, selon lui, est une marginalisation du sujet dans le débat public. Sans candidat portant clairement la sortie de l’Union européenne, la présidentielle pourrait esquiver ce qu’il considère comme la condition préalable à toute politique souverainiste crédible, qu’il s’agisse d’immigration, d’agriculture ou de politique monétaire. La primaire devait justement garantir qu’un candidat frexiteur serait présent.

Et maintenant ?

Philippot maintient sa proposition de primaire pour l’automne, tout en laissant une porte ouverte à une candidature de consensus, notamment celle de Philippe de Villiers, dont il salue la cohérence souverainiste malgré des traditions politiques différentes. Sa propre candidature, justifiée par le poids militant des Patriotes (revendiquant 44 000 adhérents), vise à forcer le dialogue plutôt qu’à ajouter une division supplémentaire.

Reste que le temps presse. La fragmentation actuelle, au-delà des personnes, pose une question structurelle : le camp souverainiste parviendra-t-il à dépasser ce que Philippot nomme « le piège trotskiste », où le voisin devient l’ennemi principal ? La réponse déterminera si 2027 marque un tournant ou une répétition du scénario de dispersion observé depuis trente ans.

Ce qu’il faut retenir

La primaire souverainiste reste techniquement possible jusqu’à l’automne, mais elle bute sur des refus persistants que les tentatives de rassemblement passées n’ont pas levés. La candidature Philippot, loin d’être un aboutissement, se présente comme un levier pour relancer une dynamique unitaire dont le camp a besoin pour exister médiatiquement et politiquement en 2027.


Le Souv, pour une France qui s’appartient.

*D’après un entretien de Florian Philippot sur Front Populaire

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