Un petit raffineur du Sri Lanka a acheté du pétrole à 286 dollars le baril, un chiffre à faire relire trois fois. À l’heure où le prix de référence oscille autour de 100 dollars, ce montant vertigineux raconte à lui seul la tension extrême qui pèse aujourd’hui sur les matières premières.
L’explication tient à une contrainte industrielle méconnue, rappelle l’économiste Jacques Sapir. Une raffinerie ne fonctionne pas comme un interrupteur qu’on allume et qu’on éteint. Lorsqu’on arrête une tour de cracking, il faut des semaines, parfois des mois, pour la remettre en marche. Face à ce risque, un raffineur à court d’approvisionnement est prêt à payer n’importe quel prix pour ne pas interrompre son activité.
Cette anecdote illustre un phénomène plus large analysé par Jacques Sapir : le décalage entre le marché des traders, qui donne un prix à des anticipations politiques autour de 100 dollars, et le prix réellement payé à la livraison, aujourd’hui stabilisé entre 130 et 150 dollars le baril en situation de pénurie. Les acheteurs indiens, par exemple, acceptent parfois une prime de 10 dollars pour être certains d’être livrés.
Derrière ces chiffres se joue bien plus que le prix du carburant : la disponibilité de la matière première de toute une chimie, des engrais aux plastiques.
*D’après un entretien de Jacques Sapir sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*
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