« La France fait faillite une fois par génération, ça permet de se remettre au pair. » Cette phrase stupéfiante n’émane pas d’un provocateur contemporain, mais de l’intendant aux finances de Louis XV lui-même. Pierre-Yves Rougeyron la cite dans son échange avec Jérôme Ravenet pour illustrer une vérité occultée : l’Ancien Régime assumait pleinement le défaut souverain comme outil de gestion politique.
La logique était limpide : investir dans l’État français constituait un placement, certes lucratif, mais comportant un risque. Les créanciers encaissaient leurs bénéfices, mais n’étaient « pas au-dessus de la loi ». À la fin des fins, c’était le souverain — représentant du peuple — qui tranchait. D’où la chute régulière de grands argentiers du royaume, rappelés à leur condition de sujets.
La Révolution française a paradoxalement mis fin à cette liberté. Les révolutionnaires, notamment ceux qui « tirèrent les marrons » du bouleversement, ont statufié la dette au point d’en faire un impératif sacré. Rembourser l’usurier devint non négociable.
Pour Rougeyron, ce renversement marque une régression majeure de la souveraineté monétaire française — bien avant la loi de 1973 ou l’euro. Une régression que les penseurs des Capétiens à Philippe le Bel auraient jugée incompréhensible : comment un État souverain peut-il s’interdire de décider du sort de ses propres créances ?
Source : Pensez la souveraineté à l’âge multipolaire, Jérôme Ravenet dans face à PYR — Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron (03/05/2026)
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