Quand on évoque l’indépendance française, on pense immédiatement à la sortie de l’Union européenne, à la monnaie ou à la défense. Mais il est une dépendance plus discrète, plus insidieuse, qui conditionne pourtant la capacité même de l’État à agir : celle du numérique. Logiciels, données, infrastructures : la France est aujourd’hui largement tributaire de solutions américaines, de Microsoft à Google en passant par AWS. Invité sur la chaîne Front Populaire le 3 juin 2026, Florian Philippot a esquissé plusieurs pistes concrètes pour engager une reconquête de cette souveraineté perdue.
Par où commencer pour bâtir une souveraineté numérique française ?
Florian Philippot identifie trois priorités immédiates. D’abord, les logiciels utilisés par les fonctionnaires : l’administration française doit cesser de dépendre des suites bureautiques et systèmes d’exploitation américains. Ensuite, les outils numériques des armées, dont la sensibilité n’a pas besoin d’être soulignée. Enfin, les services de renseignement, pour lesquels la maîtrise de bout en bout des infrastructures est une condition de leur efficacité. L’objectif n’est pas une autarcie numérique impossible, mais une émancipation progressive des géants américains du secteur.
« Il faut une souveraineté numérique française. Ça se fera pas du jour au lendemain, mais il faut la faire partout, à commencer par les logiciels qu’utilisent nos fonctionnaires, à commencer par ceux qu’utilisent nos soldats. »
Florian Philippot (Front Populaire)
Le logiciel, premier maillon d’une chaîne de dépendance
L’angle le plus concret avancé par le président des Patriotes concerne les outils informatiques de l’administration. Aujourd’hui, la quasi-totalité des postes de travail de l’État fonctionnent sous Windows, avec des suites bureautiques comme Office 365. Chaque courriel, chaque note interne, chaque plan de continuité transite par des serveurs sur lesquels les autorités françaises n’ont qu’un contrôle limité.
La proposition de Florian Philippot consiste à basculer progressivement l’administration vers des solutions libres ou développées sous contrôle français. Plusieurs pays européens ont déjà amorcé ce mouvement : Munich a tenté une migration sous Linux, l’administration italienne encourage les alternatives open source. En France, la direction interministérielle du numérique (DINUM) pousse elle aussi en ce sens, mais sans moyen véritablement contraignant ni calendrier ambitieux. C’est ce volontarisme que l’ancien député européen appelle de ses vœux.
Armées et renseignement : l’urgence stratégique
Le deuxième domaine identifié touche au cœur de la souveraineté régalienne. Les armées françaises utilisent des logiciels de communication, de cartographie et de planification dont certains sont concédés sous licence par des entreprises américaines. La question n’est pas seulement technique : elle engage la confidentialité des opérations et la liberté d’action de la France.
Les services de renseignement sont dans une situation encore plus délicate. Florian Philippot reconnaît qu’« un peu de travail est déjà fait » dans ce secteur, tout en exprimant de « sérieux doutes » sur la profondeur des efforts engagés. La sensibilité des données traitées impose pourtant une autonomie totale vis-à-vis d’infrastructures étrangères, fût-ce celles d’un allié.
« J’espère qu’il y a quand même un peu de travail qui est déjà fait là-dessus, mais j’ai de sérieux doutes. »
Florian Philippot (Front Populaire)
Un horizon au-delà du Frexit
Florian Philippot inscrit cette reconquête numérique dans un programme plus large de résurrection nationale, qui dépasse le seul cadre de la sortie des traités européens. Même après un Frexit, rappelle-t-il, la France resterait soumise à des formes de féodalité vis-à-vis des puissances financières et technologiques. Il prend l’exemple du Royaume-Uni : sorti de l’Union en 2020, le pays demeure largement arrimé aux solutions numériques américaines.
La souveraineté numérique exige donc des mesures spécifiques, distinctes du processus de sortie institutionnelle de l’UE. Elle suppose un investissement dans des infrastructures souveraines, un soutien à une filière logicielle française et une politique de commande publique résolue. Sur ce terrain, le débat dépasse les clivages partisans : tous les grands rapports parlementaires récents, de la commission d’enquête sur la souveraineté numérique à l’étude du Sénat sur les données de santé, pointent la même urgence.
Ce qu’il faut retenir
La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se construit par couches successives. Florian Philippot propose une approche pragmatique : commencer par les fonctions régaliennes les plus sensibles (armée, renseignement), étendre ensuite à l’administration, puis favoriser l’émergence d’alternatives pour les citoyens. Une feuille de route qui a le mérite de la clarté, dans un débat souvent noyé sous les grands principes.
Le Souv, pour une France qui s’appartient.
Voir aussi
*D’après un entretien de Florian Philippot sur Front Populaire
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