La montée de l’Alternative pour l’Allemagne (AFD) suscite en France des tentations, notamment dans une partie de la droite nationale, qui voit dans ce parti un allié naturel contre l’Union européenne. Cette lecture est une erreur que l’invité, universitaire spécialiste de l’Allemagne, invite à corriger fermement : l’AFD porte un nationalisme allemand structurellement antifrançais, et toute alliance s’y retournerait contre les intérêts de la France.
Pourquoi l’AFD représente-t-elle un danger pour la France et pour la droite nationale française ?
- L’AFD incarne le retour d’un nationalisme allemand qui, historiquement, s’est toujours construit contre la France, pas avec elle.
- Un des vice-présidents du parti a publié un texte à la gloire du Saint-Empire romain germanique, marqueur idéologique que l’invité résume ainsi : « ça reste des pangermanistes ».
- Le parti est né à l’Ouest sur des bases économiques (protestation contre la gestion de l’euro), mais il s’enracine désormais massivement à l’Est, sur un électorat qui rejette la tutelle américaine plus qu’il ne cherche une alliance française.
- L’invité met en garde : « j’ai vu des tas de gens à droite dans la droite dite nationale en France qui voulaient travailler avec l’AFD. Moi quand on m’a posé la question, j’ai dit : n’en faites rien, parce que c’est une extrême droite comme les autres. »
Un parti ancré dans une culture politique étrangère à la France
L’invité rappelle un point essentiel : l’AFD ne peut pas être comprise comme un simple équivalent allemand du Rassemblement national. Le parti s’inscrit dans une tradition politique allemande marquée par ce qu’il appelle « la lourdeur », une manière d’être au monde faite de rapport de force permanent et d’agressivité assumée. Là où la tradition française, héritée de la romanité, privilégie l’assimilation et l’intégration, la culture politique allemande reste travaillée par des logiques ethnoculturelles très différentes.
Cette différence se lit dans la géographie électorale. L’AFD réalise ses meilleurs scores dans les anciens Länder de l’Est, où le sentiment d’avoir été colonisés par l’Ouest après 1990 reste vif. L’invité décrit une Allemagne de l’Est qui a fait sa révolution en 1989, a obtenu le départ de l’Armée rouge, puis a vécu la réunification comme une annexion économique et sociale. La Treuhand, agence de privatisation, a démantelé le capital d’État est-allemand au profit d’entreprises ouest-allemandes. Les bases américaines, elles, sont restées à l’Ouest.
C’est sur ce terreau que prospère l’AFD : un parti de protestation contre Bruxelles et Washington, certes, mais porteur d’un imaginaire national qui n’a rien à offrir à la France.
Ce que révèle la référence au Saint-Empire romain germanique
« Un des vice-présidents de l’AFD a été interrogé par American Conservative. Qu’est-ce qui sort ? Il sort un texte à la gloire du Saint-Empire romain germanique. Bon bah ça les gratte, ça les gratte. »
Vidéo d’OMERTA
Cette référence n’est pas anodine. Le Saint-Empire romain germanique est précisément l’entité politique contre laquelle la diplomatie française s’est construite, de Richelieu à la guerre de Trente Ans. L’invité rappelle que la vieille diplomatie française savait jusqu’où s’impliquer dans « les querelles allemandes » : jamais plus que nécessaire, toujours en préservant l’intérêt français. Les cardinaux ministres français l’avaient compris ; les droites nationales contemporaines l’ont parfois oublié.
L’invité formule une mise en garde directe : si l’AFD arrivait au pouvoir et se « mélonisait », c’est-à-dire se pliait aux contraintes atlantistes, il lui faudrait un exutoire. « Ils seront d’autant plus antifrançais », prévient-il. Le nationalisme allemand, qu’il soit de droite ou, dans une autre version, de gauche avec le parti de Sahra Wagenknecht, n’a jamais fait de place à la France autrement que comme voisin à dominer ou à contourner.
La France n’a aucun intérêt à parier sur l’instabilité allemande
L’invité invite à une lecture stratégique plus froide : l’Allemagne s’affaiblit, se désindustrialise et se divise politiquement. C’est un fait. Mais ce fait n’est une opportunité pour la France que si les Français cessent de se penser dans un face-à-face exclusif avec Berlin. « Nous avons une chance unique, c’est que l’Allemagne est en train de s’affaiblir à grande vitesse. Nous devrions, nous Français, en profiter pour reprendre nos billes et pour retrouver notre indépendance. »
Cela suppose de ne pas se tromper d’allié. Chercher un partenariat avec l’AFD reviendrait à croire qu’un parti qui célèbre le Saint-Empire et revendique la « remigration » pourrait défendre les intérêts français. L’invité est formel : « ne vous mêlez pas à ça, vous y perdrez toujours. »
Ce qu’il faut retenir
L’AFD n’est pas un allié possible pour la France, et les droites nationales françaises qui s’en rapprochent commettent une erreur d’analyse historique majeure : ce parti porte un nationalisme allemand structurellement antifrançais. La seule politique sérieuse face à l’instabilité allemande consiste à préserver les intérêts français, à reprendre nos marges de manœuvre, et à ne jamais entrer dans les querelles intérieures d’un voisin qui, hier comme aujourd’hui, reste un concurrent avant d’être un partenaire.
Vidéo « Analyse de la politique et de la puissance allemandes » de OMERTA
Pour aller plus loin
- Le capitalisme malade de sa monnaie : considérations sur l’origine véritable des crises économiques, Edouard Husson et Norman Palma
- Une culpabilité ordinaire ? Hitler, les Allemands et la Shoah. Les enjeux de la controverse Goldhagen, Édouard Husson (François-Xavier de Guibert)
- Heydrich et la solution finale, Édouard Husson (Perrin)
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