Jean-Luc Barré retrace dans ce premier volume la formation d'un homme qui refusa de considérer la France comme un objet de l'histoire plutôt que comme son sujet. De 1890 à 1944, il suit de Gaulle depuis son enfance jusqu'à la libération du territoire, en reconstituant la manière dont se forgea une conception exigeante de l'indépendance nationale, face à des puissances alliées qui n'entendaient pas nécessairement traiter la France en égale.

L'intérêt souverainiste de cette biographie tient en particulier à ce qu'elle documente sur les plans américains de démembrement du territoire français au lendemain de la guerre. Washington envisageait alors de placer la France sous une administration militaire alliée, l'AMGOT, au même titre que les pays vaincus de l'Axe. C'est contre cette logique que de Gaulle imposa, au prix d'un rapport de force constant avec Roosevelt, la restauration d'une autorité française pleine et entière sur le sol national. Cette séquence rappelle que la souveraineté ne se déclare pas : elle s'arrache, se défend et suppose une volonté politique capable de tenir face à des pressions extérieures habillées en arguments de sécurité collective.

Barré restitue cette période avec une précision qui permet de comprendre pourquoi de Gaulle fit ensuite de l'indépendance en matière de défense, de diplomatie et de monnaie une priorité absolue. Le lecteur y trouvera moins une hagiographie qu'une leçon de méthode sur ce que suppose réellement la conduite d'un État qui prétend décider pour lui-même.

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