Publie en 1835, ce texte est le fruit d'un voyage qu'Alexis de Tocqueville effectue aux Etats-Unis en 1831, alors qu'il est magistrat de vingt-six ans. Il y observe le fonctionnement concret d'une societe qui a construit ses institutions sans heritage monarchique, et en tire une analyse de ce qu'il appelle l'egalite des conditions, force sociale qu'il juge irrresistible et dont il cherche a mesurer les consequences politiques.

La these centrale de Tocqueville n'est pas un eloge sans reserve : il montre que la democratie tend vers la centralisation du pouvoir, l'uniformisation des opinions et un affaiblissement progressif des corps intermediaires capables de resister a l'Etat ou a la majorite. Ce qu'il decrit sous le nom de despotisme doux, cette tutelle administrative qui reduit les citoyens a un etat de dependance consentie, constitue un avertissement direct pour tout regime representatif, y compris le systeme francais.

Pour un lecteur attentif aux questions de souverainete nationale, l'interet du livre reside dans cette tension entre gouvernement populaire et capacite collective d'une nation a exercer une volonte propre. Tocqueville observe que la liberte reelle d'un peuple depend moins de ses textes constitutionnels que de ses moeurs, de ses habitudes d'autonomie locale et de sa capacite a maintenir des institutions qui ne soient pas simples courroies d'un pouvoir central. Ces observations, formulees a partir du cas americain, interrogent directement la France sur la solidite de sa propre architecture democratique et sur les conditions qui permettent a un peuple de rester maitre de ses choix collectifs.

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