Publié en 1967 chez Fayard, ce premier volume de l'Histoire de l'épuration de Robert Aron couvre la période allant de novembre 1942 à septembre 1944, c'est-à-dire les derniers mois de l'Occupation jusqu'à la Libération du territoire. L'auteur y entreprend un travail de recensement méthodique des violences commises dans le cadre de l'épuration, cherchant à établir des chiffres précis là où le récit dominant avait longtemps fonctionné sur des approximations ou des silences.

L'intérêt de cet ouvrage pour une réflexion souverainiste tient à ce qu'il touche à un moment où la souveraineté française était doublement suspendue : par l'occupant d'un côté, et par les forces alliées qui conditionnaient la restauration de l'État de l'autre. L'épuration n'est pas seulement une question de justice ou de vengeance, elle engage la question de qui détient le droit de juger au nom de la nation, de quelle autorité légitime incarne le peuple français à l'heure du rétablissement des institutions. Aron documente une période où les règles ordinaires de la souveraineté étatique, notamment le monopole de la violence légitime et la continuité juridique de l'État, étaient profondément fragilisées.

En révisant à la baisse des chiffres souvent gonflés par la polémique, l'auteur contribue à sortir cette séquence historique du registre du mythe pour l'aborder comme un fait politique analysable, ce qui est une condition nécessaire pour comprendre dans quelles conditions la France a reconstruit son indépendance nationale après 1944.

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