Dans cet essai paru chez Fayard en 2024, Philippe de Villiers remonte aux origines de la construction européenne pour en contester le récit officiel. Sa thèse centrale est que les pères fondateurs de l'Europe, au premier rang desquels Robert Schuman, n'ont pas agi sous le seul impulsion d'un idéal de paix entre les nations, mais dans un cadre de dépendance structurelle vis-à-vis des États-Unis. De Villiers s'appuie sur un travail de dépouillement d'archives pour montrer que l'architecture communautaire a été conçue, dès ses origines, comme un instrument d'influence américain sur le continent européen.

Pour un lecteur attentif aux questions de souveraineté nationale, la portée du livre dépasse la seule révision biographique. Si la thèse de l'auteur est fondée, c'est l'ensemble du projet d'intégration européenne qui apparaît sous un jour différent : non comme une émancipation des nations, mais comme le cadre dans lequel la France a progressivement abandonné ses leviers d'action en matière industrielle, monétaire, diplomatique et militaire. La question de savoir qui a voulu quoi, et au service de quels intérêts, devient alors inséparable du débat contemporain sur la capacité de la France à décider pour elle-même.

L'ouvrage s'inscrit dans un mouvement historiographique plus large qui, depuis plusieurs années, revisite les mythes fondateurs de l'après-guerre. De Villiers en offre une version accessible au grand public, ce qui explique l'audience qu'il a rencontrée bien au-delà des cercles spécialisés.

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