Coralie Delaume, essayiste et chroniqueuse disparue en 2021, a consacré une large part de son travail intellectuel à démontrer que la souveraineté nationale et la souveraineté populaire forment un couple indissociable. Cet ouvrage posthume, publié aux éditions Michalon, prolonge cette réflexion en retraçant la généalogie du concept de souveraineté depuis ses origines jusqu'à ses expressions contemporaines. Georges Kuzmanovic y puise pour rappeler que la capacité d'un peuple à se gouverner lui-même ne peut exister sans le cadre étatique qui la rend possible, et que l'affaiblissement de l'un entraîne mécaniquement l'érosion de l'autre.

L'intérêt de l'ouvrage pour le lecteur français tient précisément à ce que cette perspective historique éclaire des débats très concrets : la délégation de compétences en matière économique, la dépossession monétaire, l'effacement progressif des leviers industriels et diplomatiques, ou encore la distance croissante entre les institutions et les citoyens. Delaume ne traite pas la souveraineté comme un principe abstrait mais comme une condition pratique, dont la présence ou l'absence se mesure dans la capacité réelle d'une nation à décider de son avenir.

En situant ces questions dans la longue durée, elle offre des outils pour comprendre pourquoi les renoncements actuels ne sont pas de simples ajustements techniques mais des ruptures profondes avec une tradition politique qui a mis des siècles à se construire.

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