Éric Branca reconstitue, à partir d'archives américaines longtemps inexploitées, la manière dont Washington a pesé sur la construction européenne dans l'après-guerre. Sa thèse centrale est que des figures comme Robert Schuman n'ont pas agi dans le seul intérêt de la France ou de l'Europe, mais dans un cadre stratégique largement défini par les États-Unis, soucieux de verrouiller le continent occidental face au bloc soviétique et d'y ancrer durablement leur influence.

Ce que l'ouvrage met en lumière, c'est le décalage entre le récit officiel, celui d'une réconciliation franco-allemande spontanée et d'une Europe construite de l'intérieur, et la réalité d'une architecture institutionnelle pensée en partie à Washington. Pour qui s'intéresse à la souveraineté française, cette enquête soulève des questions concrètes : dans quelle mesure les choix industriels, diplomatiques et économiques des années 1950 ont-ils été orientés par des intérêts étrangers ? Qui commandait réellement les arbitrages fondateurs ?

L'ouvrage s'inscrit dans un courant historiographique qui, depuis une vingtaine d'années, révise en profondeur les origines de l'intégration européenne grâce à l'ouverture progressive des archives américaines. Il complète des travaux comme ceux d'Annie Lacroix-Riz sur les dépendances françaises de l'après-guerre, en apportant une documentation nouvelle sur la période charnière où la France a, selon Branca, délégué une part de son autonomie stratégique sans en mesurer pleinement les conséquences durables.

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