Paru en 1951 chez Gallimard, L'Homme révolté est une enquête philosophique dans laquelle Albert Camus examine les ressorts de la révolte humaine et les formes qu'elle prend lorsqu'elle se transforme en révolution. Son argument central est que toute révolution qui prétend libérer l'homme finit, lorsqu'elle verse dans le nihilisme ou l'absolutisme idéologique, par produire la servitude et la terreur. Camus y analyse les totalitarismes, notamment le stalinisme, non depuis une position anticommuniste de droite, mais depuis une exigence morale et libertaire qui lui valut une rupture retentissante avec Sartre et une bonne partie de l'intelligentsia parisienne de l'époque.

Ce que cet ouvrage apporte à une réflexion souverainiste tient à la lucidité avec laquelle Camus identifie le mécanisme par lequel une idée abstraite, portée à son terme logique, écrase les réalités concrètes, les peuples, les cultures, les nations. Il montre que les grands systèmes idéologiques du vingtième siècle ont prétendu dépasser les frontières, les identités et les particularités au nom d'un universel qui n'était souvent que la domination d'un centre sur une périphérie. Cette critique vaut aujourd'hui pour tout projet qui entend dissoudre les structures démocratiques nationales dans des ensembles supranationaux échappant au contrôle des citoyens. Lire Camus en 1951, c'était refuser la capitulation intellectuelle. Le relire aujourd'hui, c'est disposer d'un outil pour nommer ce qui se passe.

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