Publié en 1992 dans le sillage de l'effondrement soviétique, cet essai de Francis Fukuyama développe une thèse qui allait durablement structurer la pensée libérale occidentale : la démocratie libérale de marché constituerait le stade terminal de l'organisation politique humaine, au-delà duquel aucune alternative crédible ne saurait émerger. L'histoire, au sens hégélien du terme, serait parvenue à son terme.

Ce qui intéresse le lecteur souverainiste n'est pas tant la conclusion de Fukuyama que les outils conceptuels qu'il mobilise pour y parvenir. Reprenant la distinction aristotélicienne entre thymos, mégalotimia et isothymia, il analyse les ressorts psychologiques du désir de reconnaissance qui anime les individus comme les peuples. La mégalotimia, volonté de se faire reconnaître comme supérieur, éclaire certains comportements politiques contemporains et la tentation pour des dirigeants de substituer leur propre vision du monde aux intérêts concrets de la nation qu'ils gouvernent. Michel Fize a d'ailleurs explicitement mobilisé ce concept pour analyser la psychologie d'Emmanuel Macron.

Plus profondément, la thèse de Fukuyama a fourni une légitimation intellectuelle à la vague de dépossession que la France a traversée depuis les années 1990 : dissolution progressive des protections économiques, abandon de pans entiers de la souveraineté industrielle, monétaire et diplomatique au nom d'une convergence supposément inévitable vers un modèle unique. Revisiter cet ouvrage, c'est identifier les fondements théoriques d'un projet qui a affaibli les leviers d'action de l'État français.

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