Publié en France par L'Artilleur, La Grande Dissimulation de Christopher Booker et Richard North retrace, à partir d'archives internes aux institutions européennes, la manière dont le projet d'intégration européenne a été conduit à l'écart du regard des peuples. Les deux auteurs britanniques reconstituent une histoire officieuse de la construction européenne, celle que les gouvernements successifs n'ont pas jugé utile de soumettre au débat public. L'ouvrage est devenu en Grande-Bretagne un manuel alternatif sur les institutions européennes, utilisé par ceux qui cherchaient à comprendre ce que les voies officielles ne disaient pas.
Pour un lecteur français, la démonstration prend une résonance particulière. Les mécanismes décrits, qu'il s'agisse de la délégation progressive de compétences législatives, de la neutralisation des marges de manoeuvre économiques nationales ou de l'effacement des arbitrages politiques derrière des procédures technocratiques, concernent directement la capacité de la France à décider de son industrie, de sa politique commerciale, de ses alliances ou de sa monnaie. Ce que Booker et North documentent, c'est moins une conspiration qu'une méthode : avancer par étapes, sans jamais soumettre l'ensemble du projet à une délibération démocratique explicite.
L'ouvrage s'inscrit dans un courant intellectuel qui refuse de réduire le débat sur l'Europe à une posture idéologique, et préfère à l'invective la reconstitution patiente des faits. C'est précisément ce refus du spectacle qui lui donne son sérieux et son utilité pour quiconque veut comprendre à quoi la France a réellement consenti depuis plusieurs décennies.
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