Dans les années qui suivent la Libération, la France se reconstruit dans le désordre, entre épuration sélective, compromissions tues et ambitions personnelles dissimulées derrière les grandes déclarations patriotiques. Éric Branca, dans cet ouvrage paru chez Perrin, ausculte la décennie 1944-1954 avec une attention particulière aux comportements réels des élites françaises, loin des récits officiels. Il s'intéresse à ceux qui, après avoir servi ou composé avec le régime de Vichy, se retrouvent aux commandes de l'État républicain sans que leur passé ne soit véritablement soldé. C'est précisément dans ce contexte que Ghislain Benhessa recommande cette lecture, notamment pour comprendre la continuité troublante des corps constitués, magistrature comprise, entre l'avant et l'après-guerre.

Ce questionnement touche directement à la souveraineté nationale dans ce qu'elle a de plus concret : qui décide, au nom de qui, et avec quelle légitimité réelle ? La IVe République naissante hérite d'institutions fragilisées et d'hommes dont la loyauté à la nation a pu être, à des moments décisifs, très relative. Branca ne moralise pas, il documente. Et cette documentation permet de mieux saisir comment les défaillances d'une classe dirigeante peuvent peser durablement sur la capacité d'un État à exercer une souveraineté pleine, que ce soit dans ses choix diplomatiques, ses orientations économiques ou sa cohérence institutionnelle.

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