Gaël Brustier s'attaque dans cet ouvrage à un phénomène que la classe politique française peine à nommer clairement : le recul progressif des structures collectives qui permettaient à une société de se gouverner elle-même. La thèse centrale tourne autour de l'effacement du "national-populaire", cette articulation historique entre un peuple, ses institutions et un projet commun porté par l'État. Ce délitement ne serait pas accidentel mais le produit d'une série de choix économiques, culturels et politiques qui ont progressivement désarmé la France face aux forces qui lui sont extérieures.

L'intérêt de ce livre pour quiconque réfléchit à la souveraineté française tient à la largeur du diagnostic. Brustier ne raisonne pas seulement en termes électoraux ou culturels : il interroge les conditions matérielles et symboliques qui permettent à un peuple de rester maître de ses décisions collectives. La désindustrialisation, l'affaiblissement des corps intermédiaires, la dépossession démocratique silencieuse forment ici un tableau d'ensemble cohérent plutôt qu'une série de problèmes isolés.

L'ouvrage s'inscrit dans une tradition de pensée qui remonte à Gramsci, dont Brustier est l'un des meilleurs connaisseurs français, mais il l'applique à la situation contemporaine de la France avec une actualité évidente. À l'heure où les questions d'indépendance industrielle, de capacité diplomatique et de contrôle démocratique reviennent au coeur du débat public, cette lecture du processus de décivilisation offre des clés d'interprétation que les discours convenus ne fournissent pas.

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