Mike Davis, historien américain, examine dans cet ouvrage les grandes famines qui ont frappé l'Inde, la Chine et le Brésil entre 1876 et 1902, périodes coïncidant avec les cycles climatiques El Niño. Sa thèse centrale est que ces catastrophes, loin d'être de simples désastres naturels, ont été aggravées, parfois provoquées dans leur ampleur mortelle, par les politiques économiques des puissances coloniales, au premier rang desquelles l'Empire britannique. En Inde notamment, le maintien des exportations de grain et l'application dogmatique du libre-échange ont conduit à des dizaines de millions de morts alors que les greniers étaient pleins. C'est dans cette période que se constitue, selon Davis, ce que nous appelons aujourd'hui le tiers-monde, non par retard naturel mais par destruction délibérée des capacités productives locales.
Pour un lecteur attentif aux questions de souveraineté nationale, ce livre offre une démonstration concrète de ce que signifie perdre la maîtrise de son économie, de sa monnaie, de ses échanges commerciaux et de ses stocks alimentaires. Les peuples soumis à la domination britannique ne manquaient pas de ressources : ils manquaient de décision politique autonome. L'analogie avec les dépendances contemporaines, qu'elles soient industrielles, alimentaires ou financières, s'impose d'elle-même sans que Davis ait besoin de la formuler explicitement. Publié chez Verso, cet ouvrage s'inscrit dans une tradition historiographique qui restitue aux choix politiques leur responsabilité dans les catastrophes économiques, contre les explications fatalistes ou naturalistes.
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