Dans cet ouvrage paru en 2006, l'historienne Annie Lacroix-Riz examine les choix politiques et économiques des élites françaises durant les années 1930, en s'appuyant sur un corpus d'archives étendu. Sa thèse centrale est que des fractions significatives du patronat, de la haute administration et des milieux financiers ont délibérément favorisé l'accommodation avec l'Allemagne nazie, non par aveuglement ou faiblesse passagère, mais par calcul et par intérêt. La défaite de 1940 n'est pas, dans cette lecture, une catastrophe subie : elle est en partie le résultat de décisions assumées.

Ce travail intéresse directement la question de la souveraineté nationale parce qu'il montre comment des acteurs économiques puissants ont pu court-circuiter les logiques diplomatiques et militaires de l'État, en privilégiant leurs intérêts de classe sur l'intérêt national. L'industrie, la finance, les grands réseaux patronaux apparaissent comme des forces capables de déconnecter la politique étrangère de la volonté populaire et des institutions républicaines. L'autrice prolonge cette analyse en soulignant que le même réflexe structurel se reproduira après-guerre, les mêmes milieux se tournant cette fois vers les États-Unis comme puissance tutélaire de substitution.

Lacroix-Riz s'inscrit dans une tradition historiographique qui refuse de traiter la collaboration économique comme un épiphénomène. En restituant la continuité des comportements des élites à travers deux ruptures majeures, elle offre un cadre d'analyse qui dépasse largement les années 1930 et invite à interroger la permanence de ces logiques dans le temps long.

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