Paru en 2021 aux éditions L'Artilleur, "Le totem de l'état de droit" de Ghislain Benhessa s'attaque à une notion devenue centrale dans le discours juridique et politique contemporain : l'état de droit. Loin de la traiter comme un acquis indiscutable, l'auteur en déconstruit la fonction rhétorique et idéologique, montrant comment ce concept, présenté comme une évidence neutre, opère en réalité comme un instrument de légitimation qui échappe au débat démocratique. Le livre paraît dans un moment où la référence à l'état de droit est invoquée de manière croissante pour trancher des conflits politiques, juridictionnels et institutionnels, souvent au détriment du consentement des peuples.

L'enjeu souverainiste est au coeur de la démarche. Lorsque l'état de droit cesse d'être un cadre au service du peuple pour devenir un totem intouchable géré par des instances non élues, c'est la capacité de la France à se gouverner elle-même qui se trouve rognée. Benhessa pointe la manière dont cette notion sert à disqualifier des décisions démocratiques légitimes, à dessaisir le législateur national de ses prérogatives et à confier à des corps de juges ou d'experts le soin de définir ce qui est politiquement admissible. Pour un souverainiste français, cette critique touche directement à la question de la démocratie représentative et à la place du peuple dans la hiérarchie des normes réelles, non pas seulement formelles.

Avocat et essayiste, Ghislain Benhessa s'inscrit dans un courant de pensée juridique critique qui refuse aussi bien le positivisme naïf que la déférence automatique aux constructions supranationales. Sa formation de juriste donne à sa démarche une rigueur technique qui distingue cet essai des pamphlets purement politiques, sans pour autant en émousser la portée critique.

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