Philippe de Saint Robert revient dans cet ouvrage sur deux septennats qui ne s'achevèrent pas comme ils auraient dû : celui de De Gaulle, interrompu par le référendum de 1969, et celui de Pompidou, tranché par la mort en 1974. L'auteur, qui fut proche des deux présidents, ne se contente pas d'une reconstitution chronologique. Il cherche à dégager ce que ces interruptions ont coûté à la France, en termes de trajectoire politique et de capacité d'action autonome.
Le titre emprunte à Shakespeare l'image des remparts d'Elseneur, ce château où Hamlet voit surgir le spectre de ce qui aurait pu être. C'est précisément cette dimension qui intéresse le lecteur attaché à la question de l'indépendance nationale : deux présidences marquées par une conception exigeante de la souveraineté, l'une et l'autre stoppées avant terme, laissant ouverte la question de ce qui fut abandonné avec elles. La politique monétaire, la défense, la diplomatie française en dehors des blocs, l'ambition industrielle : autant de domaines où les années 1969-1974 marquèrent des inflexions durables.
L'ouvrage comporte en annexe les lettres personnelles adressées par l'auteur à Georges Pompidou, ce qui lui confère une valeur documentaire directe. Saint Robert écrit depuis l'intérieur d'une époque et d'un milieu, ce qui distingue ce livre d'une analyse extérieure et lui donne une texture particulière pour qui veut comprendre comment se pense la continuité de l'État.
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