Jean Monnet raconte dans ce livre, paru chez Fayard en 1976, le parcours d'un homme qui a joué un rôle central dans la reconstruction économique de la France d'après-guerre et dans la mise en place des premières institutions européennes. Il y relate notamment son travail à la tête du Commissariat général du Plan, où il a contribué à orienter l'économie française vers une modernisation industrielle pilotée par l'État, ainsi que son rôle dans la conception de la Communauté européenne du charbon et de l'acier.
Ce témoignage de première main intéresse directement la question de la souveraineté française parce que Monnet y expose, sans toujours en mesurer les implications, la logique de transfert de décision qu'il a lui-même construite. Sa conception du progrès repose sur l'idée que les États nationaux sont structurellement incapables de répondre aux défis économiques et politiques du XXe siècle, ce qui l'a conduit à promouvoir des institutions supranationales soustraites au contrôle direct des peuples. Lire Monnet dans ses propres mots, c'est comprendre comment cette vision a façonné des structures qui continuent d'encadrer les marges de manoeuvre françaises en matière industrielle, commerciale et monétaire.
Le livre s'inscrit dans un moment où la construction européenne cherchait encore sa légitimité, et où ses fondateurs étaient encore en mesure d'en formuler les intentions profondes. C'est précisément cette franchise involontaire qui en fait un document utile pour quiconque cherche à comprendre les origines intellectuelles et pratiques des abandons de souveraineté consentis par la France au cours du siècle dernier.
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