Dans cet ouvrage publié chez Parigramme, Alain Rustenholz retrace l'histoire du monde ouvrier parisien depuis le XIXe siècle jusqu'à l'entre-deux-guerres, en suivant la transformation d'une classe laborieuse attachée à ses métiers et à ses quartiers en un prolétariat organisé politiquement. Il montre comment les faubourgs et la banlieue de Paris ont constitué un tissu social dense, structuré autour des grandes industries de transformation, du bâtiment et de la mécanique, donnant naissance à une culture ouvrière spécifiquement française, enracinée dans des territoires précis et des solidarités concrètes.
C'est cet ouvrage que Laurent Henninger mobilise pour éclairer la sociologie du mouvement ouvrier parisien et comprendre l'essor du Parti communiste dans la banlieue rouge de l'entre-deux-guerres. La question n'est pas anodine du point de vue souverainiste : cette période voit se cristalliser des tensions profondes entre l'internationalisme de certains courants ouvriers et l'attachement d'une large partie du peuple français à ses institutions, à son territoire industriel et à sa capacité de décision collective. La montée en puissance d'un parti aligné sur Moscou pose directement la question de l'indépendance de la classe ouvrière française vis-à-vis de puissances étrangères, et plus généralement celle de la maîtrise nationale sur les grandes forces économiques et sociales qui structurent la vie du pays. Rustenholz offre les outils historiques pour penser cette tension sans l'esquiver.
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