En 1934, alors que la France hésite sur sa doctrine militaire et que l'Allemagne réarme, Charles de Gaulle publie cet ouvrage dans lequel il plaide pour la constitution d'un corps blindé professionnel, mobile et autonome, capable d'agir vite sans attendre la mobilisation générale. Face à une pensée militaire officielle encore largement défensive et attachée à la ligne Maginot, il défend l'idée que la puissance d'une nation ne saurait reposer sur des dispositifs statiques, mais exige une force d'action permanente, prête à l'engagement immédiat.

La thèse dépasse la seule question tactique. En réclamant une armée de professionnels aguerris, dotée de matériels blindés et motorisés produits par une industrie nationale orientée vers cet effort, de Gaulle lie explicitement la capacité militaire à la vitalité industrielle et à la décision politique. Une France qui ne maîtrise pas ses moyens de défense dépend du bon vouloir des circonstances et des alliés. C'est une conception de la souveraineté qui traverse tout le livre : l'indépendance nationale ne se proclame pas, elle se prépare, s'organise et s'incarne dans des structures concrètes.

Le livre fut peu entendu à l'époque, mais les événements de mai 1940 lui donnèrent une résonance cruelle. Il reste un témoignage de ce que peut coûter l'abandon de la pensée stratégique autonome, et de ce qu'implique réellement, pour un État, la volonté de décider par lui-même.

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