Napoléon Bonaparte est l’un des deux ou trois personnages dont la France contemporaine porte encore quotidiennement les choix structurels. Code civil, conseil d’État, préfets, lycées, Banque de France, Concordat, Cour des comptes, Université : la quasi-totalité des institutions qui encadrent la vie publique française viennent de lui, ou ont été mises en place sous lui. Aucun autre dirigeant occidental n’a laissé derrière lui un appareil d’État aussi durable.

Officier d’artillerie corse formidablement doué, il monte en grade pendant les guerres révolutionnaires. La campagne d’Italie (1796-1797), menée avec une armée en haillons, le révèle comme stratège militaire et comme administrateur politique. Après la campagne d’Égypte (échec militaire, succès scientifique avec l’équipe d’orientalistes qui déchiffre la pierre de Rosette), il prend le pouvoir le 18 brumaire an VIII (novembre 1799). Premier consul à 30 ans, empereur à 35, il refait la France en quinze ans. Puis il l’épuise dans les campagnes d’Espagne et de Russie, et finit sur le rocher de Sainte-Hélène.

Sa pertinence pour le souverainisme français se joue sur trois plans. D’abord, la consolidation de l’héritage révolutionnaire : il fixe l’égalité civile dans le marbre du Code, brise les corporations, mérite-cratise l’armée et l’administration. Ensuite, l’invention de l’État moderne, rationnel, centralisé, qui restera le modèle français d’organisation publique pendant deux siècles. Enfin, la diffusion des idées révolutionnaires en Europe par la pointe des baïonnettes, ce qui pose le problème politique de la souveraineté exportable : peut-on libérer un peuple contre son gré ?

La légende napoléonienne reste matérielle. Quand un préfet est nommé, quand un baccalauréat est passé, quand une commune est administrée par un maire issu de l’élection, c’est lui qui reste, par-delà les régimes. Aucun souverainiste français sérieux ne peut faire l’économie d’un débat avec Napoléon, qu’il soit pour ou contre ses conquêtes.

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