Georges Clemenceau, c’est l’incarnation politique de l’énergie nationale française face à l’extinction. En 1917, alors que la France saigne depuis trois ans et que les armées craquent (mutineries du printemps), Raymond Poincaré nomme cet homme de 76 ans à la présidence du Conseil. Il répond à ceux qui doutent : « Je fais la guerre. » Un an plus tard, il signe l’armistice. Personne d’autre dans l’histoire française contemporaine n’a aussi complètement incarné la souveraineté comme volonté de durer.
Né en 1841 en Vendée dans une famille républicaine radicale héritée des députés de l’an II, médecin de formation, militant en faveur de Dreyfus (c’est dans son journal L’Aurore qu’Émile Zola publie son J’accuse en 1898), il fait toute sa vie politique à gauche du paysage républicain : député radical, opposant infatigable des gouvernements opportunistes, briseur de ministères au point qu’on le surnomme le « Tombeur de ministères ». Ministre de l’Intérieur à 65 ans puis président du Conseil en 1906, il est très détaché lors d’une affaire mineure. La Première Guerre le ramène au premier plan.
De novembre 1917 à janvier 1920, il dirige la France avec une autorité sans équivalent. Il ne pacte avec personne (« Quel pays admirable, on ne parle plus que des morts »), arrête les généraux défaillants, fait passer Caillaux et Malvy en Haute Cour pour intelligence avec l’ennemi, négocie en personne avec Lloyd George et Wilson. La Conférence de la paix de Versailles l’épuise. Il y obtient l’essentiel de ce qu’il voulait pour la France (retour de l’Alsace-Lorraine, mandat sur la Sarre, réparations), mais bute sur les illusions wilsoniennes qui déstabilisent l’équilibre futur. Battu à la présidentielle de 1920, il se retire et meurt en 1929.
Pour Le Souv, Clemenceau est un patrimoine commun. Républicain radical et patriote intransigeant, anticlérical et fidèle à l’armée, il prouve qu’on peut tenir ensemble les principes les plus apparemment contradictoires de la tradition française pourvu qu’on les subordonne à un même but : que la France ait son mot à dire dans le concert des nations.
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