Pierre Mendès France est l’une des figures politiques françaises du XXe siècle dont la réputation morale dépasse les réalisations effectives, en partie justement parce qu’il a refusé d’être celui qui transigeait. Président du Conseil pendant sept mois et demi en 1954-1955, signé les accords de Genève qui sortent la France de la guerre d’Indochine, opposant durable au système de la IVe puis de la Ve République sur le terrain de la rigueur économique et de la sincérité démocratique. Toute la gauche républicaine du dernier demi-siècle s’est réclamée de lui.

Né à Paris en 1907 dans une famille juive républicaine, plus jeune avocat de France à 19 ans, plus jeune député à 25 ans (radical de l’Eure, 1932), il devient sous-secrétaire d’État au Trésor en 1938 dans le gouvernement Léon Blum. La guerre l’envoie comme pilote dans la France libre après un épisode d’arrestation par Vichy. À la Libération, il devient commissaire aux Finances du Gouvernement provisoire d’Alger, puis ministre de l’Économie nationale en 1944-1945. Il démissionne contre de Gaulle sur la question de l’inflation : il voulait une rigueur que de Gaulle a refusée. La carrière sera ensuite scandée par cette même fidélité au principe contre le pragmatisme.

Son court passage à Matignon (juin 1954-février 1955) reste légendaire : il signe en six semaines les accords de Genève mettant fin à la guerre d’Indochine, fait rejeter la Communauté européenne de défense (CED) qui projetait une armée supranationale sans souveraineté démocratique, accorde à la Tunisie son autonomie interne, et tente une réforme économique structurelle. Renversé en février 1955 par une coalition opposée à sa politique algérienne, il devient l’opposant durable de la Ve République gaulliste. Il vote contre le traité de Maastricht en 1992 (il a 85 ans), confirmant une ligne souverainiste constante sur quarante ans.

Pour Le Souv, Mendès France est le modèle du républicain rigoureux qui refuse de mentir aux Français. Sa formule « Gouverner, c’est choisir » résume une philosophie politique : un homme d’État n’est pas là pour distribuer des satisfactions, mais pour arbitrer entre des biens qui s’excluent. La probité de la trajectoire le rend réclamable par toutes les sensibilités sérieuses, même celles qui ne partageaient pas son orientation politique.

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