Le Brexit devait permettre au Royaume-Uni de reprendre le contrôle de ses frontières. C’était la promesse centrale de la campagne du Leave, portée avec ferveur par Nigel Farage et les Brexiters historiques. Pourtant, près de dix ans après le référendum, le constat est sans appel : l’immigration n’a jamais été aussi élevée, et sa composition a radicalement changé. Les travailleurs européens ont été remplacés par des flux massifs venus du Pakistan et du sous-continent indien. Comment expliquer ce détournement spectaculaire ?

Pourquoi le Brexit a-t-il accru l’immigration pakistanaise au lieu de la réduire ?

L’échec tient à deux mécanismes distincts qui se sont cumulés. D’abord, les gouvernements autonomistes écossais ont refusé d’appliquer les règles du Brexit et maintenu les standards européens d’accueil. Ensuite, les gouvernements conservateurs qui ont géré la sortie de l’UE ont délibérément substitué l’immigration européenne par une immigration du Commonwealth. Résultat : l’Anglais de base qui votait pour protéger son pays s’est retrouvé avec une immigration pakistanaise renforcée et une présence européenne quasiment nulle. Comme le souligne Alexandre Del Valle dans un entretien récent :

« Mettez-vous à la place de l’Anglais de base qui voulait préserver son pays. Il a voté Brexit parce qu’on lui avait dit : le Brexit ça nous permet de nous protéger contre l’immigration. Il a plus aucun immigré blanc, il a que des immigrés pakistanais islamistes qui veulent mettre la charia. Il est cocu. »

Alexandre Del Valle (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

Le sabotage écossais : quand l’autonomie régionale contourne la souveraineté nationale

La première brèche est venue d’Écosse. Le gouvernement autonomiste de Holyrood, farouchement opposé au Brexit, a immédiatement annoncé qu’il ne reconnaîtrait pas les nouvelles règles migratoires britanniques. La position de la Première ministre écossaise de l’époque était limpide : maintenir les standards européens d’accueil sur le territoire écossais.

Cette décision a eu un effet démultiplicateur sur l’ensemble du Royaume-Uni. Les ports et aéroports écossais sont devenus des portes d’entrée privilégiées pour les flux migratoires, permettant ensuite une circulation aisée vers l’Angleterre. Le trajet d’Édimbourg à Londres ne pose aucune difficulté logistique, et les contrôles internes au Royaume-Uni restent inexistants. L’Écosse autonomiste a ainsi fonctionné comme un sas de contournement des promesses du Brexit.

Le choix délibéré du Commonwealth : la trahison conservatrice

La seconde explication est encore plus fondamentale. Les gouvernements conservateurs successifs, à l’exception partielle de Boris Johnson, n’ont jamais voulu appliquer le Brexit dans l’esprit de ses promoteurs. Tony Blair avait déjà posé les fondations en poussant simultanément l’indépendantisme écossais et l’immigration massive du Commonwealth.

Une fois le Brexit acté, la tentation a été grande de compenser le déficit de main-d’œuvre européenne par une immigration venue du Pakistan, de l’Inde et du Bangladesh. Le projet du « Global Britain » cher à Boris Johnson participait de cette logique : si le Royaume-Uni quittait l’Europe, il devait se tourner vers son ancien empire et le Commonwealth. Mais cette vision mondialisée du Brexit n’avait rien à voir avec le souverainisme populaire qui motivait l’électorat de Farage.

« Le Brexit n’a été géré que par des gens qui ont voulu le faire dérailler, à l’exception de Johnson. Ils l’ont fait dérailler dans le sens du Commonwealth, du Global Britain qui fait venir des Pakistanais et des Indiens. »

Alexandre Del Valle (Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron)

L’ironie est cinglante. L’électeur du Leave pensait retrouver des frontières et une identité. Il a obtenu une recomposition migratoire pilotée par des élites qui n’ont jamais adhéré au projet souverainiste. Les gouvernements conservateurs ont troqué l’immigration européenne, jugée trop visible et politiquement coûteuse, contre une immigration asiatique plus massive encore, mais culturellement plus éloignée.

Ce qu’il faut retenir

Le Brexit a été vidé de sa substance par ceux-là mêmes qui étaient chargés de l’appliquer. Les conservateurs ont utilisé la sortie de l’UE non pour restaurer la souveraineté britannique, mais pour réorienter les flux migratoires selon leurs intérêts économiques de court terme. L’électeur de Farage, lui, se retrouve face à une société plus divisée qu’avant le référendum, sans avoir obtenu la protection qu’on lui avait promise. La leçon est cruelle, mais instructive : un référendum ne suffit pas quand les leviers administratifs et politiques restent aux mains d’adversaires du projet.


Voir aussi


*D’après un entretien de Alexandre Del Valle sur Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron*


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