L’écrivain et journaliste Omar Youssef Souleimane, qui anime depuis 2020 des ateliers d’écriture dans des établissements scolaires d’Île-de-France, livre dans son ouvrage Les héritiers de la haine une analyse sans détour de la radicalisation d’une partie de la jeunesse. Au cœur de son diagnostic : une décision politique des années Mitterrand qui, selon lui, a créé un vide identitaire aujourd’hui comblé par l’islamisme radical.

Pourquoi la politique Mitterrand sur la langue française a-t-elle fragilisé l’intégration dans les quartiers populaires ?

Selon Omar Youssef Souleimane, l’échec de l’intégration d’une partie des jeunes issus des quartiers populaires trouve l’une de ses racines dans un choix politique des années 1980 : pour faire barrage au Front national, l’entourage de François Mitterrand aurait délibérément détaché les jeunes de la langue et de l’histoire françaises. Ce vide identitaire, creusé par calcul électoral, aurait ensuite été comblé par un discours islamiste, notamment après la deuxième Intifada et les attentats du 11 septembre 2001.

Un choix politique aux conséquences civilisationnelles

L’invité, qui a interrogé « pas mal de spécialistes sur le sujet » avant de « revenir vers ce que Mitterrand disait à l’époque », affirme que l’objectif était assumé : détacher les populations, en particulier les jeunes, de l’histoire et de la langue françaises pour priver le Front national de son socle identitaire. « C’était la plus grande connerie qu’ils ont faite vraiment », juge-t-il, car ce choix a « créé un vide dans leur esprit et dans leur vie ».

Ce vide, poursuit-il, a été « comblé bien plus tard par l’islam radical ». Le mouvement des Frères musulmans, selon son analyse, a profité de cette crise identitaire pour généraliser son discours dans les années 2000, « après la deuxième Intifada et les attentats de 11 septembre ». Un terrain fertile, semé par une décision politique française, puis exploité par un projet idéologique venu d’ailleurs.

La langue comme rempart contre la violence

Pour Omar Youssef Souleimane, la faiblesse de la maîtrise du français n’est pas qu’une affaire de notes ou de niveau scolaire : elle est directement liée à la violence. « Quand on n’arrive pas à s’exprimer à travers les mots, à travers la langue, on s’exprime à travers les coups et la violence », explique-t-il. Il s’émeut de voir des élèves de 17 ans incapables d’écrire une phrase sans faute, ou confondre « je suis allé » avec le prénom du rappeur Oumar Matthew.

Cette déliquescence linguistique s’accompagne d’une rupture d’appartenance. « La langue est liée à l’identité, c’est lié à l’identité liée à la personne à la République », insiste-t-il. Comment demander à un jeune d’apprendre le français s’il n’est pas fier de son pays ? La question, selon lui, ne se pose plus depuis des décennies : la réponse a été tranchée par le désintérêt organisé.

Un vide comblé par un islam politique

L’entrisme des Frères musulmans, décrit dans le livre à partir de l’exemple syrien, suit une méthode que l’écrivain juge transposable : après l’échec de la voie armée en 1982 à Hama, le mouvement a opté pour l’infiltration sociale, transformant les normes par petites touches. Le voile, la prière, la mémorisation du Coran : autant d’instruments d’une reconquête progressive des esprits.

En France, ce discours passe aujourd’hui par les réseaux sociaux et par le foyer familial. Omar Youssef Souleimane raconte avoir été « tellement choqué » de retrouver dans des foyers français des chaînes coraniques saoudiennes diffusées en continu, créant une ambiance éloignée de la République. « Ces jeunes ont grandi entre deux mondes », résume-t-il : la maison, qui enseigne l’appartenance exclusive à l’islam, et l’école, qui peine à transmettre les valeurs républicaines.

Quand je leur demande : s’il y a un problème qui arrive ici chez nous en France, qu’est-ce que vous allez faire ? Vous allez partir où ? Il y avait toujours la majorité qui me disent : moi je vais dans mon pays. Mais il est où ton pays ? Ton pays c’est ici. Tu es français.

Omar Youssef Souleimane (Front Populaire)

Cette détestation de la France n’est pas d’abord sociale ou culturelle, selon l’écrivain : elle est religieuse. « L’islam, c’est une religion politique de base », affirme-t-il, rappelant que Mahomet n’était pas un simple prophète mais aussi un chef d’État et un chef militaire. L’État islamique, ajoute-t-il, « n’est pas inventé. Ça a existé pendant toute l’histoire de l’Islam ».

Réarmer la langue, réhabiliter la fierté

Face à ce constat, Omar Youssef Souleimane plaide pour un retour à ce qui a fait la France : la laïcité, la liberté d’expression et la littérature, « les trois mots qui m’ont motivé pour venir en France ». Lui qui a fui la Syrie en 2012, appris le français, étudié la séparation des trois pouvoirs et la loi de 1905 avant d’obtenir la nationalité en 2022, se dit prêt à mourir pour ce pays.

Il refuse pourtant d’accuser les jeunes. « Ce sont les reflets de leur entourage », dit-il. La responsabilité incombe selon lui aux adultes, aux politiques, à ceux qui ont organisé ce détachement. Refaire des Français, c’est d’abord redonner une langue, une histoire, une dignité. « Il faut réapprendre à être français », conclut-il, que l’on parle d’intégration ou d’assimilation : le plus urgent n’est pas le mot, c’est la pratique.

Ce qu’il faut retenir

La décision politique des années Mitterrand de détacher les jeunes de la langue et de l’histoire françaises a, selon Omar Youssef Souleimane, créé un vide identitaire directement exploité par l’islamisme radical. Refaire des Français passe par la langue, l’histoire et une fierté nationale que l’invité estime avoir retrouvée en devenant lui-même citoyen. Un débat qui dépasse largement la seule question de la banlieue et interroge la cohérence de notre projet républicain.

Vidéo « Radicalisation à l’école, entretien avec Omar Youssef Souleimane » de Front Populaire

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