C’est un confetti d’à peine neuf kilomètres carrés, perdu entre le Mexique et la Polynésie, inhabité, battu par les aléas du Pacifique. Pourtant, Clipperton cristallise des appétits considérables : le Mexique conteste la souveraineté française sur cet atoll, au motif qu’il se trouve à un peu plus de mille kilomètres de ses côtes, quand la métropole en est à plus de dix mille. Un éloignement qui, selon l’invité, fait de ce caillou une cible de choix pour les puissances convoitant les ressources maritimes françaises.
Pourquoi Clipperton est-il revendiqué par le Mexique alors qu’il est français ?
La contestation mexicaine repose sur un argument de proximité géographique : Clipperton est bien plus proche d’Acapulco que de Brest. Mais la réalité, rappelle l’invité, est que l’atoll est une possession française à part entière. Ce que les Mexicains convoitent, au-delà du symbole, ce sont les ressources considérables qui l’entourent : une zone économique exclusive riche en ressources halieutiques, où viennent pêcher sans autorisation des navires espagnols, mexicains et d’autres nations, et des fonds marins potentiellement riches en nodules polymétalliques. Chaque année, un bâtiment de la Marine nationale doit s’y rendre pour planter le drapeau français, un rituel symbolique destiné à rappeler la souveraineté tricolore face aux convoitises régionales.
Un caillou stratégique au cœur du Pacifique
Clipperton n’est pas qu’une bizarrerie géographique. Il illustre une logique que l’invité décrit sans détour :
L’amiral Prazuc disait en fait : quand une zone est pillée, ensuite elle est occupée, et quand elle est occupée, elle est contestée. Dès lors qu’elle est contestée et qu’on ne fait rien, elle est revendiquée.
Vidéo d’OMERTA
La pêche illégale dans les eaux de Clipperton n’est pas un phénomène anecdotique. Elle s’inscrit dans un schéma de grignotage progressif, où l’absence de réaction française ouvre la voie à des revendications plus formelles. L’île possède une importance stratégique : elle commande une immense zone maritime dont les richesses, aujourd’hui largement inexploitées, pourraient devenir cruciales pour la souveraineté économique française dans la région.
Un patrimoine maritime français sous-défendu
L’épisode de Clipperton met en lumière une fragilité structurelle. L’invité rappelle que la France possède le deuxième domaine maritime mondial, avec près de onze millions de kilomètres carrés, dont une part considérable se trouve dans le Pacifique. Pourtant, les moyens de surveillance et de défense déployés dans ces zones demeurent sans commune mesure avec l’immensité des espaces à contrôler.
On ne peut pas contrôler des zones aussi immenses avec un patrouilleur par-ci, un patrouilleur par-là et rien entre.
Vidéo d’OMERTA
La présence chinoise et américaine dans le Pacifique, les ambitions mexicaines sur Clipperton, les revendications malgaches sur les îles Éparses : ces tensions ne sont pas des épiphénomènes. Elles révèlent une réalité que l’invité juge préoccupante : sans une capacité navale renforcée et une volonté politique affirmée, la souveraineté française sur ses marges maritimes demeure fragile. Clipperton n’est que le cas le plus illustratif d’une question plus vaste, celle de la défense effective du territoire français dans le Pacifique.
Ce qu’il faut retenir
Clipperton est un concentré des enjeux maritimes français : une souveraineté ancienne, des ressources convoitées, des moyens insuffisants pour la faire respecter. La contestation mexicaine rappelle que, face à la convoitise des puissances régionales, la France ne peut s’en remettre à la seule géographie ou à des rituels annuels. C’est la question de fond posée par l’invité : la France veut-elle, oui ou non, exploiter et défendre réellement son immense domaine maritime ?
Vidéo « La France maritime dans les enjeux géopolitiques mondiaux » de OMERTA
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