Dix kilos de cobalt par Tesla. C’est le chiffre avancé par Didier Maïsto, journaliste et analyste, dans un entretien accordé à la chaîne OMERTA le 7 septembre 2026. Et ce cobalt, indispensable aux batteries des véhicules électriques, provient en grande majorité d’un seul pays : la République démocratique du Congo. Où la Chine a pris une position dominante.

Pourquoi la question du cobalt congolais est-elle centrale pour la dépendance française aux batteries chinoises ?

Le cobalt est un composant essentiel des batteries lithium-ion qui équipent les véhicules électriques. Or, selon les chiffres cités par Didier Maïsto, la Chine possède environ 80 % du cobalt congolais, pays qui abrite le plus grand gisement mondial de ce minerai. Cette mainmise s’ajoute au contrôle chinois sur les terres rares et à une avance industrielle considérable dans la production de batteries. Pour la France, qui pousse à l’électrification du parc automobile sous impulsion des normes européennes, cette dépendance en amont constitue une vulnérabilité stratégique majeure.

Une réalité constatée sur le terrain

Didier Maïsto ne se contente pas d’une analyse théorique. Il raconte s’être rendu dans les mines du Katanga, en République démocratique du Congo, une des régions les plus riches du monde en cobalt. Il y a visité la deuxième mine de cobalt du pays, « complètement tenue par les Chinois ».

« La deuxième mine de cobalt, c’est quand même 10 kg de cobalt par Tesla. Les Chinois possèdent en gros 80 %, même plus, du cobalt congolais, qui est le plus grand gisement du monde. »

Didier Maïsto (OMERTA)

Le constat qu’il dresse est celui d’une présence chinoise discrète mais totale. Une partie de la population locale est employée, mais il existe aussi « un personnel purement chinois ». Les rapports avec les habitants sont strictement économiques : fourniture d’une partie de l’électricité à la ville voisine, travaux de voirie, soutien à des orphelinats. « Une sorte de principe, mais à minima », précise-t-il.

L’observation la plus frappante concerne l’invisibilité des opérateurs chinois. Lors de la visite de la mine, l’interlocuteur était un ingénieur congolais. Le service de sécurité était chinois. L’hébergement se faisait dans des maisons réservées aux ingénieurs chinois. « Mais on n’en a vu aucun », résume Didier Maïsto.

Il en tire une conclusion limpide : « Ils ont un rapport strictement économique avec la population. Ils exploitent. »

« Quand on voyage en Afrique, qu’est-ce qu’ils disent les Africains ? Avec les Chinois, on fait du commerce. Avec les Russes aussi. Et avec les Français, ils font la morale. »

Didier Maïsto (OMERTA)

Le résultat de choix politiques assumés

Pour Didier Maïsto, cette mainmise chinoise sur le cobalt congolais ne doit rien au hasard. Elle est le fruit de décisions politiques prises en Europe, et particulièrement en France, à partir de la fin des années 1990.

Le discours dominant de l’époque, rappelle-t-il, consistait à envisager une économie de services : « Les Chinois vont travailler pour nous, on va se mettre les pieds en éventail, on va arrêter avec l’industrie, ça pollue, il n’y a pas de valeur ajoutée. » Résultat : la sidérurgie, la métallurgie, l’industrie automobile ont été démantelées. Les sites industriels fermés sont devenus des musées.

« Chaque fois qu’un truc disparaît, on fait un musée, on dit ici gisait l’industrie automobile », ironise-t-il. « Et final, qu’est-ce qui s’est passé ? Rien de tout ça. Les Chinois, ils sont que Chinois. »

L’écart s’est creusé. Il prend l’exemple de l’automobile : les constructeurs chinois, comme BYD, produisent désormais des véhicules électriques technologiquement avancés, vendus environ 44 000 euros, quand une équivalente européenne aux mêmes caractéristiques en coûte 100 000. Les Chinois ont aussi développé des systèmes de batteries interchangeables permettant un remplacement en dix secondes, quand les automobilistes français font la queue aux bornes de recharge.

Une dépendance qui s’inscrit dans un basculement plus large

Le contrôle chinois sur le cobalt congolais n’est qu’un élément d’un mouvement plus profond. Didier Maïsto évoque la différence de formation : le nombre d’ingénieurs formés en Chine, en Russie ou en Iran est sans commune mesure avec celui de la France, pourtant historiquement « la patrie de l’intelligence, du savoir-faire, de l’ingénierie ».

Il observe aussi que les puissances émergentes ont appris à combiner production industrielle et projection d’influence. Dans les rues commerçantes de luxe parisiennes, « il n’y a que des Chinois », constate-t-il. « C’est eux qui se reposent, et c’est les Français qui travaillent. »

Cette inversion des rôles s’explique, selon lui, par la captation des ressources stratégiques : cobalt congolais, terres rares, mais aussi pétrole vénézuélien dans le cas américain. « Ceux qui gagnent les guerres, c’est ceux qui fabriquent de l’acier, qui ont de l’argent, qui peuvent fabriquer des bombes de manière infinie et fournir des hommes », résume-t-il.

Ce qu’il faut retenir

La dépendance française au cobalt congolais illustre un échec stratégique : celui d’une Europe qui a fait le choix du service et de la désindustrialisation pendant que la Chine sécurisait les matières premières et bâtissait une capacité de production sans équivalent. Pour Didier Maïsto, la voiture électrique ne fera pas exception à la règle : sans contrôle de la chaîne d’approvisionnement, la transition imposée par Bruxelles renforce la dépendance aux puissances qui, elles, produisent.

Vidéo « Didier Maïsto évoque la situation politique européenne » de OMERTA

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