Le constat est sans appel. Là où la France dominait le septième art mondial des années 20 aux années 60, elle traverse aujourd’hui une crise systémique dont peu d’observateurs mesurent réellement l’ampleur. Pire, les talents qui auraient pu relever le niveau désertent massivement le grand écran. Leur refuge ? Le jeu vidéo et le dessin animé, ces industries où l’excellence technique et narrative française s’exporte encore avec succès.

Pourquoi le cinéma français est-il en déclin ?

Selon l’invité, le diagnostic est sévère mais lucide. Trois facteurs principaux expliquent cette chute qualitative :

  1. Une mauvaise génération d’acteurs, sans équivalent des Margot Robbie, Nathalie Portman ou des monstres sacrés britanniques comme Anthony Hopkins, Gary Oldman ou Daniel Day-Lewis. Les derniers Français à avoir dépassé le stade d’acteur mondial ? « C’est deux par Dieu », tranche l’invité, pointant l’absence d’héritiers.

  2. Une mauvaise génération de réalisateurs, prisonniers d’un « cinéma à thèse » qui sacrifie le récit et l’émotion sur l’autel du message politique. Le résultat est un cinéma « catastrophique en terme de qualité », y compris dans sa frange indépendante.

  3. La fuite des vrais talents vers d’autres médias. L’invité est formel : « Les mecs qui ont réellement du talent, qu’est-ce qu’ils font ? Ils font du jeu vidéo et du dessin animé. Ils viendront pas dans le cinéma, ça ne sert à rien. »

« On fait même pas de film d’action parce qu’on a décrété que c’était pour les Américains. Tout comme on a décrété que le genre horreur, le genre fantastique… »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

Cette autocensure hexagonale contraste cruellement avec le renouveau horrifique espagnol ou la puissance narrative des cinémas coréen et japonais. Des pays qui, selon l’invité, « nous sont supérieurs en tout. Traitement de l’image, histoire, acteur, réalisation. »

Une déchéance historique qui ne doit rien au hasard

L’invité rappelle l’âge d’or perdu. Dans les années 20, 30 et 40, la France possédait tout simplement le meilleur cinéma mondial. Les années 50-60 restent remarquables. Puis vient la rupture.

« On commence à se casser la gueule dans les années 70, et ensuite ça a été la déchéance », analyse-t-il. Une chute qui coïncide avec l’abandon progressif de l’ambition populaire au profit d’un entre-soi parisien.

Le problème est aussi structurel. Là où l’acteur britannique s’est toujours nourri d’un théâtre populaire et vivant, le théâtre français s’est coupé des classes laborieuses. Résultat : une formation d’acteurs comparable dans les techniques, mais privée de ce terreau populaire qui fait éclore les grands fauves.

La piste étrangère pour redresser la barre

Face à ce constat, l’invité esquisse une solution originale. Plutôt que d’attendre un hypothétique sursaut endogène, pourquoi ne pas faire appel aux plus grands talents mondiaux qui reconnaissent devoir leur carrière à la culture française ?

« Tous ceux qui disent eux-mêmes qui doivent tout à la France, ça va de Jackie Chan à Robert De Niro, de Quentin Tarantino… »

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

L’idée serait d’aller chercher des réalisateurs japonais, sud-coréens ou des figures comme Coppola pour insuffler un nouveau souffle. Non pas par soumission culturelle, mais par réalisme : quand on n’a plus les moyens de ses ambitions, on s’entoure des meilleurs.

Ce qu’il faut retenir

Le déclin du cinéma français n’est pas une fatalité économique mais la conséquence d’un appauvrissement artistique assumé. Les talents existent, ils prospèrent même dans l’animation et le jeu vidéo, preuve que le génie français n’a pas disparu. Il a simplement migré là où on lui laisse encore la liberté de créer sans avoir à servir un « cinéma à thèse » déconnecté des attentes populaires.

Cercle Aristote – Pierre-Yves Rougeyron

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