La France, longtemps présentée comme une exception démographique européenne, voit sa mortalité infantile se dégrader et sa fécondité s’éroder. Dans un entretien de rentrée, le géographe et éditeur Pierre-Yves Rougeyron dresse un constat sévère : la société française serait en train d’importer le rapport à la vie qui caractérise le Japon, où la transmission est perçue avant tout comme un risque. Un basculement culturel aux conséquences bien plus profondes qu’une simple question de chiffres.
Pourquoi la France est-elle comparée au Japon sur la dénatalité ?
La comparaison s’appuie sur plusieurs indicateurs convergents :
- Le Japon affiche un taux de fécondité de 0,8 enfant par femme, un niveau historiquement bas
- La mortalité infantile française s’est dégradée : 4 décès pour 1 000 naissances, plaçant le pays à l’avant-dernier rang de l’Union européenne
- La perception de la vie comme un risque et de la transmission comme un risque au carré se diffuse chez les jeunes générations
- La fermeture ou la fragilisation de maternités et services de néonatologie réduit concrètement les capacités d’accueil de la vie
- L’absence de politique publique structurée en faveur de la natalité laisse le champ libre à ce basculement culturel
Un indicateur de développement devenu préoccupant
Pierre-Yves Rougeyron, qui se présente volontiers comme géographe avant d’être commentateur politique, insiste sur la portée de ce recul. La mortalité infantile, rappelle-t-il, est l’un des critères les plus décisifs pour mesurer le niveau de développement d’un pays. Or la France se retrouve désormais "avant-dernière en pleine ultime dans les pays de l’Union européenne, donc les 27, une place très peu enviable".
Le constat ne s’arrête pas aux statistiques. L’invité pointe un déficit de politique publique : "On a flingué une partie des maternités et particulièrement des néonates parce qu’on a énormément de grands prématurés." Cette fragilisation de l’offre de soins périnatals s’ajoute à un climat culturel qui n’encourage pas la transmission de la vie.
Le parallèle japonais est assumé et développé :
La vie est perçue par les jeunes japonais comme un risque et la transmission de la vie comme un risque au carré. Basta. Résultat 0,8 enfants par femme.
Pierre-Yves Rougeyron (Cercle Aristote)
Une société qui ne fait plus place à la vie
L’analyse dépasse largement les questions de politique familiale. Pour Pierre-Yves Rougeyron, le problème est civilisationnel : "Nous avons un problème qui est la transmission de la vie et donc de notre culture. Donc tout doit être repensé pour faire une société d’accueil de la vie, une société vivable."
Il plaide pour que la question de la vie cesse d’être renvoyée à la seule sphère privée. Les sociétés qui renoncent à transmettre deviennent, selon lui, des "sociétés de vieux insupportables", où plus personne ne veut vivre. La démographie n’est pas une abstraction : elle conditionne la vitalité d’un peuple, sa capacité à se projeter, à défendre une culture et des institutions.
Cette position s’inscrit dans une redéfinition plus large du rôle de l’État et des corps intermédiaires. L’invité évoque la nécessité d’un "vrai plan vitaliste", sans en détailler les contours dans l’entretien, mais en insistant sur l’urgence de sortir d’un certain "vieux libéralisme" qui interdit de penser collectivement les conditions de la transmission.
Pompiers, agriculteurs, soignants : les piliers méprisés d’une société qui s’ignore
Le propos prend une tournure plus concrète lorsque l’entretien aborde les incendies de l’été et le rôle des pompiers, des agriculteurs et des soignants. Pour l’invité, ces figures incarnent ce qui reste de dévouement dans une société qui ne se reconnaît plus dans ses propres fondations.
"Ce sont les gens qui doivent te servir qui que tu sois et quelque merde que tu sois", résume-t-il. Le mépris ressenti par ces professions serait le symptôme d’une classe dirigeante coupée du pays réel, incapable de reconnaître la valeur de ceux qui protègent, nourrissent et soignent. La défiance sociale qui en résulte nourrit à son tour le pessimisme démographique : pourquoi transmettre la vie dans une société qui ne valorise pas ceux qui la préservent ?
Ce qu’il faut retenir
La comparaison avec le Japon n’est pas qu’une formule : elle désigne un basculement dans le rapport à la vie et à la transmission qui touche désormais la France. Derrière les chiffres de la dénatalité se joue la capacité du pays à se considérer comme une communauté vivante, digne d’être transmise. L’entretien aura eu le mérite de poser la question là où elle est le plus inconfortable : non pas seulement dans les politiques publiques, mais dans le sens que la société française accepte, ou refuse, de donner à la vie.
Pour aller plus loin
- Les Druides. Des philosophes chez les Barbares, Jean-Louis Brunaux (Gallimard)
- L’Héritage des Celtes — Sanctuaire, Jean-Louis Brunaux
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