Avant le conflit, 130 pétroliers transitaient chaque jour par le détroit d’Ormuz. Aujourd’hui, on en compte entre 0 et 6. Ce goulet d’étranglement, par lequel passaient 20 % du pétrole mondial, 22 % du gaz naturel liquéfié et un tiers des engrais, est désormais pratiquement fermé. Pour les Français, la conséquence est directe : à la pompe, mais aussi dans les rayons des supermarchés, la facture grimpe.

Quel est l’impact concret du blocage du détroit d’Ormuz sur le prix du carburant en France ?

Le blocage agit sur trois leviers précis. D’abord, la disponibilité : avec deux des trois plus grands producteurs mondiaux hors jeu (l’Arabie saoudite paralysée, la Russie sous sanctions), l’offre se contracte. Ensuite, le transport : les trajets alternatifs allongent les distances et le carburant consommé par les navires eux-mêmes coûte plus cher. Enfin, l’assurance : les primes ont augmenté pour tous les pétroliers, pas seulement ceux qui tenteraient le passage par Ormuz. À cela s’ajoute, côté français, une fiscalité qui représente une part importante du prix final.

La mécanique du blocage : un double verrou irano-américain

Michel Fayad, professionnel de l’énergie et de la finance, décrit une situation de double blocus. « Les Américains bloquent les ports iraniens, donc les Iraniens ne peuvent pas exporter la moindre goutte de pétrole via la mer. Et les Iraniens bloquent de fait le détroit d’Ormuz pour empêcher également les autres de sortir », explique-t-il. Des frappes ont même visé des pétroliers au large du Koweït et de Bahreïn, signifiant aux monarchies du Golfe qu’elles ne peuvent plus exporter non plus.

Le gaz n’est pas épargné. Le Qatar, qui produisait 77 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an, a vu 12 à 13 % de ses capacités de liquéfaction détruites. Une perte qui pèsera sur le marché mondial du GNL pendant au moins cinq ans, selon l’invité.

Pourquoi 80 % du marché mondial ne suffit pas à compenser

La question paraît logique : si 80 % du pétrole mondial continue de circuler, pourquoi les prix s’envolent-ils ? La réponse tient à l’économie du marché. Chaque producteur a un prix d’équilibre différent. Les Émirats arabes unis, dont le coût d’extraction est faible, peuvent accepter un baril bas. Les Saoudiens, eux, ont besoin d’un baril autour de 80 dollars pour équilibrer leur budget. « Nous en Europe, quand ça commence à faire plus de 80 dollars, on le sent très dur au niveau de notre économie », résume Michel Fayad.

La spéculation ajoute une couche supplémentaire. Les sociétés pétrolières utilisent des outils financiers de couverture, le hedging, mais aussi le facturage, qui intègrent le risque accru dans le prix final. Le transport maritime, lui-même consommateur de carburant, répercute ses surcoûts. Et les assurances, face au risque de guerre, ont relevé leurs tarifs pour l’ensemble de la flotte.

Et la fiscalité française dans tout ça ?

Une fois le pétrole arrivé en France, se pose la question de la fiscalité. Le dilemme, tel que le pose l’invité, est le suivant : faut-il maintenir les taxes sur le carburant et laisser le consommateur subir la hausse de plein fouet ? Ou demander au contribuable, y compris celui qui n’a pas de voiture, de financer des aides aux automobilistes ? « Il n’y a rien qui est vraiment juste », reconnaît Michel Fayad.

La France figure parmi les cinq pays européens où le carburant est le plus cher. Cette situation résulte aussi de choix industriels passés. Sous François Hollande, deux raffineries ont fermé, dont celle de Petit-Couronne en Normandie, qui desservait Paris et ses aéroports avec une capacité de 150 000 à 300 000 barils par jour. Aujourd’hui, la France importe du diesel raffiné en Inde, notamment à partir de pétrole russe.

Un litre à 4 euros : scénario crédible ?

« Oui, c’est crédible », répond Michel Fayad. Il rappelle que le gallon américain dépasse déjà 6 dollars dans certains États, un niveau historique qui pèse sur les élections de mi-mandat. Aux États-Unis, pourtant premier producteur mondial, la situation est déjà tendue.

Avec la Russie sous sanctions et l’Arabie saoudite dans l’incapacité d’exporter, deux des trois géants pétroliers mondiaux sont hors jeu. « Si cette situation perdure, le pétrole peut atteindre des sommets et le prix à la pompe peut atteindre des sommets », prévient l’éditorialiste. Il anticipe qu’un arbitrage politique finira par s’imposer, en Europe ou aux États-Unis, pour rouvrir des canaux d’approvisionnement.

Ce qu’il faut retenir

Le blocage du détroit d’Ormuz ne se limite pas à un choc pétrolier : il touche le gaz, les engrais, et par ricochet les prix alimentaires. La France dispose pourtant d’atouts sous-exploités, comme la géothermie ou une relance du raffinage national. Reste à savoir si ces pistes seront saisies avant que la facture ne devienne insoutenable.

Vidéo « Détroit d’Ormuz et prix des carburants, analyse énergétique » de Front Populaire

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